Le mystificateur (à suivre)

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Le mystificateur (Chapitre VI)

Message  Invité le Sam 10 Aoû - 1:01

VI


On en était à la fin d’un succulent repas et le champagne coulait à flot. J’étais tout à fait conscient de ma position avantageuse. Il était encore temps de renoncer, mais je le tenais, c’était trop tentant. Définitivement convaincu, J.-E. F. de la Hache m’avait prié : « Pas de chichis entre nous », de l’appeler : « Jef tout court pour les amis », et décidé de concrétiser les choses.
– Rentrons au bureau pour mettre tout ça noir sur blanc.

Après que nous nous fussions confortablement installés, et qu’il m’eût offert un Davidoff numéro un, Jef annonça fièrement qu’il nous offrait royalement douze pour cent. « Comme si c’était vous qui l’aviez écrit. »
Je n’avais pas du tout l’intention d’accepter une si modeste aumône, soulignant qu’il s’agissait d’un Zalmer posthume. Jef argua que le maximum des droits d’auteur s’élevait à dix-huit pour cent, ce qu’il considérait comme exorbitant, soit.
– Vous pourriez en profiter pour placer ce petit dernier dans un coffret contenant ses œuvres complètes..., suggérai-je.
– Seize ?..., tenta-t-il encore après un moment de réflexion.
Constatant sa volonté bien ancrée de continuer le marchandage, je me levai, lui assurant que j’avais été positivement enchanté de faire sa connaissance, mais qu’il était inutile de continuer à perdre notre temps.
– Mais bon sang ! combien en voulez-vous ? !
– Vingt-deux, ni plus ni moins. C’est mon nombre fétiche, le jour de notre rencontre avec mademoiselle Zalmer, vous comprenez ?
Il demeura bouche bée, ce que je comprenais bien. On ne lui avait certainement jamais fait un tel coup. Je lui rappelai qu’il éditait tous les autres écrits de Zalmer, et que ce serait fort dommage qu’il passât à côté de celui-ci. Malgré tous les frais, qu’il énuméra précisément, je lui précisai que même en les prenant en compte, il lui resterait quelques millions de bénéfice et que je ne faisais que défendre les intérêts des amoureux de Zalmer et ceux de sa petite-fille. L’argument sembla porter.
– Nous allons établir le contrat, mais promettez-moi une chose, termina-t-il me saisissant sans craindre de froisser mon plus beau costume, ne répétez à personne les termes de notre accord.
– Si vous y tenez...
J’avais un mal de chien à contenir la légitime satisfaction qui était la mienne, dont la cause n’était pas particulièrement liée à l’extorsion de ce pourcentage faramineux. Aurore serait fière de moi.
Jef appela sa secrétaire. En observant plus attentivement ses mains, je me demandais s’il lui était vraiment possible de taper précisément sur les touches d’un clavier avec des ongles de deux bons centimètres. Mais je classai cette question dans la catégorie S.M.I.C. (Secondaires Mais Importants Cependant), ce qu’elle devait toucher, d’autant qu’elle avait d’autres talents lesquels bien que trop serrés à mon goût n’en existaient pas moins.
Le contrat fut dicté et dactylographié, paraphé et signé bilatéralement pour ma plus grande joie. Bien sûr, il y avait cette petite clause de réserve : Le présent contrat sera définitivement valable et ne prendra effet qu’une fois le manuscrit (fourni par monsieur Luigi Montebello) authentifié par trois experts, mais elle ne m’inquiétait pas outre mesure.
Je confiai Quintessence à Jef, le priant d’y accorder toute son attention lorsqu’il le ferait authentifier. Il m’assura de sa vigilance, que le manuscrit ne sortirait pas d’ici, qu’il serait lu par des auteurs-maison, et qu’un homme intègre comme lui préférerait la mort au déshonneur.
Je ne lui en demandais pas tant, et l’informai que l’original avait été déposé chez un avoué à Genève et que, en cas de problème, il serait aisé d’en certifier l’origine et l’antériorité. Cela n’eut pas l’air de lui plaire beaucoup, aussi lui racontai-je m’être fait voler un roman dans le passé. Il ne retint qu’une chose, j’écrivais. En bon professionnel, il voulait me lire.
– Vous savez, je ne suis qu’un amateur...
– Allons mon cher Luigi, ne faites pas l’enfant, confia-t-il en un discret clin d’œil. Un mot de moi, vous m’entendez, un seul, et vous êtes édité.
Je pris note et congé après lui avoir donné mon numéro direct à Genève. Il devait me rappeler sitôt l’expertise terminée, dans trois à six semaines.

J’avais le vent en poupe, c’était un jour de chance, tout devait réussir. Aussi tentai-je un contact plus rapproché avec la secrétaire qui cachait mal sa curiosité pour l’apporteur de Zalmer. Elle démarra aussitôt.
– Oh monsieur Montebello, est-ce vrai ?...
– Oui, j’ai trouvé un Zalmer inédit, et il est merveilleux. Je pourrais en parler pendant des heures.
– J’aimerais tant ça..., soupira-t-elle.
Encore une romantique, mais je ne voyais aucune raison sérieuse de ne pas profiter d’une si charmante compagnie. L’inviter fut donc un jeu d’enfant, et rendez-vous pris pour dîner le soir-même à mon hôtel. Gwendoline, c’était son nom, appela un taxi qui prit en charge un homme amoureux de la vie.

Au bar, je me fis concocter mon fameux Lou’s Soul, avant de prendre un bain parfumé aux senteurs des tropiques. J’avais déjà établi le menu du luxueux repas qui devait être servi dans ma suite. Tout se présentait bien. Le seul problème finalement, c’était Aurore. Mais que pouvait faire un cardiaque en permanente quête d’amour ?

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Kenza le Lun 12 Aoû - 17:50

Continue .. je suis curieuse de la suite. J'aime bien le S M I C Laughing 

Kenza

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Invité le Mar 13 Aoû - 1:06

Merci Kenza, la suite arrive...

Grosses bises. sunny albino 

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Le mystificateur (Chapitre VII)

Message  Invité le Mar 13 Aoû - 1:20

VII


« Voilà que prends un bain en lieu et place de ma douche, n’est pourtant pas mon genre, moi une fille si dynamique si active si si si, tout le monde me croit comme ça mais c’est pas toujours vrai,

tous ils ont une image de moi, celle que je donne peut-être, suis pas sûre celle qu’ils veulent avoir, mais pas ce que je suis, comment être moi-même, personne près de moi même pas toi,

et si me montre telle que suis, toi peut-être partir, oh non trop affreux, pas y penser continuer à rêver, est-ce que pourrais me montrer vraiment à toi, donc si moi moi, toi m’aimer encore ou pas, me quitter, oh non trop affreux,

ô mon amour suis amoureuse, pas trop le dire mauvaise tactique, pas être tour d’ivoire non plus, essayer d’être naturelle, peut-être vais me découvrir grâce à toi, je t’aime, oh qu’as-tu fait de moi, me sens si lascive, mon corps te réclame, si chaud dans mon ventre, tu es un bon amoureux, peur que tu t’éloignes, pas confiance en moi, suis sans défense, si tu étais là je te ferais tout, oui même ça t’en souviendrais,

être gentille, trouver notre place à tous les deux, pléonasme, on plaît à qui on peut, tu me manques, suis folle tant pis, foncer me dévouer corps et âme à toi, homme de ma vie, froid remettre eau chaude, du temps avant que brûlante à point, ça y est mumm c’est bon, j’ai faim soif de toi, pas céder,

seras-tu là ce soir, je t’aime, besoin de toi, pourquoi moi séduite passionnée en amour, pensées filent et c’est bien fait,

oui tu me l’as bien fait, beaucoup encore j’aimerais mais ose pas le dire, moi une fille lulubribrique impossible, le penser me reste en travers de la gorge, avec toi, oh non la chose passe très bien et j’aime beaucoup, ventre affamé, nature qui s’exprime, a pas d’oreilles et faim très faim, fais un bébé, donne donne-moi oui et ça poussera,

seras-tu là pour voir mon ventre grossir, miracle de la maternité, moi enceinte, oh que c’est bon, pourquoi on dit enceinte, en son sein, j’en ai deux, ils sont beaux doux et bien blancs, on peut pas pas les aimer, mais c’est ailleurs que ça se passe, veux de l’amour mais pas égoïste, pas seulement aimer nous, aussi aimer les autres,

perds le fil déraille, mais c’est si bon, encore un peu d’eau chaude, langoureuse je suis, mais c’est pour toi mon beau Luigi qui est pas là, me manques, tu manques pas d’air, m’avoir demandé si j’avais un comble à vider, avais rougi, comment tu as deviné si facilement,

toi aussi vide à combler, je t’aime, que faire pour passer le temps, les cajoler, beaux doux et blancs, déjà dit mais obligée, personne pour le faire, pas si bon quand c’est moi, besoin de toi maintenant tout de suite, viens, tes doigts au fond de moi, oh mon amour, oui continue, c’est bon, suis amoureuse,

encore eau chaude, pas raisonnable, trois quarts-d’heure que fais trempette marine serai à point, mais quoi faire en t’attendant sinon,

et toi mon petit canard chéri, dis-moi j’ai eu raison, s’est rendu compte de rien quand j’ai mis la disquette, était si heureux quand avait tout relu, grâce à moi, espère qu’il se fâchera pas, va bientôt revenir, ai pris le téléphone tout près de moi, décrocherai dès que ça sonnera, mais c’est long, un peu de patience, il est beau si doux, mon prince charmant, le lâcherai pas,

la peau de mes doigts fait des drôles de choses, pas très joli, plus voir ça, sortir du bain me sécher m’habiller, me faire belle pour t’accueillir. »

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Le mystificateur (Chapitre VIII)

Message  Invité le Mer 14 Aoû - 1:29

VIII



Il aura fallu un mois et demi avant que les experts n’aient terminé leur travail et que Jef me communique la bonne nouvelle, Quintessence allait vivre. Je l’appris aussitôt à Aurore qui témoigna d’un grand enthousiasme et me félicita chaudement. « Allons tout de suite fêter ça au restaurant », lui dis-je, mais elle voulait d’abord se faire belle. Je lui certifiai qu’elle l’était déjà, me fis traiter d’incorrigible flatteur, puis elle m’annonça n’en avoir que pour cinq minutes.

J’eus amplement le temps de retenir la meilleure table chez le russe et de m’y préparer en buvant trois grands verres de lait tout en zappant (access prime time oblige) d’une sitcom ridicule à une autre encore pire. Cependant, ma patience fut largement récompensée.

Aurore était en grandissime beauté, son pâle visage délicatement maquillé émergeait d’une large robe crème, genre tunique, avec empiècement brodé à la main. Je me réjouissais de la soirée qui s’annonçait des plus romantiques.

Durant l’apéritif et les entrées, les musiciens avaient eu tout le temps de repérer le plus beau couple de la soirée, le plus amoureux, et s’était donc fait un devoir de le griser un peu plus avec sa musique tzigane.
Rayonnante de tendresse et ne pouvant plus résister à ces merveilleux chants glorifiants nos communs et lointains ancêtres, elle m’entraîna sur la piste de danse.

Sitôt dans mes bras, elle me souffla à l’oreille son bonheur, et que cela était trop beau. Tandis que le premier violon mettait tout son art au service de notre passion.

De retour à table, elle me dit encore avoir soif et une grande nouvelle à m’annoncer, que je devais deviner. Elle tenta de m’aiguiller, me disant que nous avions un lien supplémentaire depuis aujourd’hui, me demanda si je ne la trouvais pas un peu grossie.
Même en scrutant très attentivement ses yeux, je ne voyais pas et admis ne pas être doué pour les devinettes.

– Luigi..., nous allons avoir un enfant. Je suis enceinte, et vraiment heureuse. C’est un jour béni, conclut-elle.

Puis elle recommanda une bouteille. Lorsque je reconnus qu’il n’y avait sans doute rien de plus beau, elle faillit se mettre à taper des mains, mais se contenta de croiser ses jolis doigts.
J’observai tristement ses yeux brillants de joie, cherchant un moyen de lui apprendre ma réalité.
Elle ne pensait qu’à son état, était persuadée que ce serait un garçon, avait plein d’idées pour le prénom, voulait me les proposer. Je refusai, lui disant que c’était un peu tôt. Puis nous marquâmes un temps de pause qu’elle mit à profit pour remplir et vider son verre de vodka.
J’avais abandonné l’idée de la raisonner et, bien qu’elle commençât à tanguer de plus en plus sur sa chaise, je lui expliquai que je ne savais pas si c’était réellement une bonne nouvelle, puisqu’elle ne me faisait pas plaisir. Je lui dis encore que je n’étais peut-être pas l’homme qu’il lui fallait.
Mais c’était moi qu’elle aimait, qui lui avait redonné goût à la vie, comment pourrait-elle trouver mieux que moi.
Et je commis l’erreur. Lui disant avoir le sens des responsabilités, et qu’elle ne manquerait de rien.

– Mais ce n’est pas d’argent que je te parle ! hurla-t-elle en jetant sa serviette, c’est d’un être qui grandit dans mon ventre, et je ne veux pas vivre ça toute seule, j’ai besoin de toi !

La calmer s’avéra impossible, tout le monde nous observait mais elle n’en avait rien à faire, aboya-t-elle, avant de se lever, éclusant un énième verre.

– Mesdames et messieurs, regardez bien cet homme qui m’a mise enceinte et se dégonfle ! C’est pas merveilleux ? !

Je tentai de la faire asseoir, mais elle persistait, me demandant si je ne savais pas comment on faisait des bébés, et que j’aurais dû le dire si je n’en voulais pas.
Décidé à m’expliquer plus tranquillement, je lui saisis une main qu’elle retira très rageusement, pestant que c’était trop facile, et que je ne devais pas espérer m’en tirer comme ça.

Puis tout alla trop vite, je n’eus pas le temps d’intervenir.

Certes elle n’aurait pas dû boire autant de vodka, mais comment aurais-je pu imaginer une telle crise, qu’elle irait se mettre à danser sur la table, bouteille à la main, buvant au goulot, envoyant valser assiettes et verres, empoignant le caviar et s’en barbouillant le visage ?

Mon cœur souffrait et me lançait violemment. Ça ne se calma pas lorsqu’elle s’effondra dans un cri tragique, chutant lourdement à terre, le choc à peine amorti par le dossier de la chaise sur son ventre.

Me confondant en excuses auprès des clients et du maître d’hôtel, nous disparûmes, moi soutenant la malheureuse et regrettant le choix du russe.

Mais j’aurais dû comprendre que la coupe était loin d’être pleine, et que nous n’en serions pas quitte pour une gueule de bois et quelques larmes.

À peine étions-nous en voiture qu’elle se remit à crier et pleurer, mais ce n’était plus de révolte ou de chagrin. Les deux mains sur son bas-ventre, elle tentait de stopper l’hémorragie qui rougissait abominablement sa robe désormais marquée par les traces de mon infâme maladresse.

À l’hôpital, la vision de cette femme meurtrie et perfusée, le visage blafard, me fut intolérable.

Cette fausse-couche la fit retomber dans sa mélancolie.
Je me sentais impuissant et responsable de ce qui lui était arrivé, et ne savais que faire pour lui rendre le sourire.

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Tara le Jeu 15 Aoû - 7:57

Bonjour trouble,

J'attendais la suite avec impatience mais étais-tu occupé où tu laisses planer le suspense ?
Merci pour tes écrits, belle histoire !
Tara Amitié

Tara

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Invité le Jeu 15 Aoû - 15:22

Moi aussi j'étais impatiente de continuer à te lire !!! Merci beaucoup ok I love you

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Invité le Jeu 15 Aoû - 23:04

Ne soyez pas impatientes les filles, la suite vient.

Bises à vous. sunny albino 

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Le mystificateur (Chapitre IX)

Message  Invité le Jeu 15 Aoû - 23:11

IX


Quintessence sortait aujourd’hui en privé, et serait dès demain matin chez tous les libraires de France et de Navarre. Le reste du monde devrait attendre que les traducteurs en aient terminé de leur délicat travail.

Jef avait décidé de faire les choses en grand, et manifestement il savait y faire. La campagne de promotion démarrait en fanfare avec une conférence de presse dans le magnifique salon d’honneur des Éditions G.F.H., que je découvrais pour la circonstance. Certaines mauvaises langues auraient pu faire circuler la médisante idée que la foule présente l’était plus pour le buffet qu’autre chose. Bien entendu pas moi.

À la tribune avaient pris place, auprès d’un Jef savourant déjà un inévitable succès, les trois auteurs-experts affichant de satisfaits sourires de circonstance, et moi-même, très curieux de voir quelles proportions allait prendre cette affaire.
Je fis un rapide clin d’œil à Aurore pour lui signifier que tout allait bien.

Très à l’aise, le directeur se leva et entama son petit discours.

– Mesdames et messieurs, je tiens à vous remercier d’avoir répondu à notre invitation, commença-t-il en se frottant joyeusement les mains. Si vous êtes ici ce soir, c’est tout d’abord pour que vous puissiez remplir votre devoir d’information.
En effet, je dois vous faire part d’une nouvelle absolument extraordinaire, mais vous en jugerez par vous-même.
Tout d’abord, permettez-moi de vous présenter la seule personne que vous ne connaissez pas encore, notre Hermès, notre messager des Dieux, l’intermédiaire sans lequel rien ne serait arrivé,... monsieur Luigi Montebello...

Je manquai de rougir, mais me contentai d’un signe de tête, savourant la manière dont Jef racontait cette histoire inédite.

– Il y a trois mois, celui-ci est venu le plus innocemment du monde m’apporter un véritable trésor. Je ne m’y suis pas trompé et j’ai eu raison. Il s’agissait d’un manuscrit qui constituera sans prétention aucune et en toute professionnelle objectivité, l’événement littéraire de l’année !
Je veux parler d’un roman posthume d’un de nos plus grands écrivains qui, je le rappelle pour mémoire, fut déjà en son temps un auteur-maison, comme la majorité de ces êtres qui œuvrent, avec hardiesse et courage autant que humilité, en faveur du Gai Savoir. J’ai nommé l’unique, l’illustre Théodore Zalmer et son dernier écrit connu à l’heure actuelle, illustration ô combien vivante d’un art poussé à son paroxysme, ultime témoignage d’une exceptionnelle maîtrise de l’Écriture. Mesdames et messieurs, j’ai le grand, l’immense, le solennel honneur de vous présenter : Quintessence.

Un tonnerre d’applaudissements couronna cette annonce. On se serait cru à une émission d’une certaine chaîne privée, bien qu’il n’y eût pas les panneaux « Applaudissez ». Pour ma part, j’aurais plutôt vu une mise en scène avec reproduction géante du livre, recouverte d’un épais velours noir ou vert académicien, que l’on aurait élégamment fait glisser pour découvrir ce grandiose monument. Mais Jef avait sans doute de bonnes raisons de rester classique.

Et commença la valse des questions. Un doigt se leva plus vite que les autres. Excepté Aurore, cette rapide était sans doute la plus belle femme de l’assemblée.

– Brigitte Lafontaine,... il s’agit d’un véritable scoop, mais êtes-vous sûr de l’authenticité du roman ?..., demanda-t-elle en un élégant mouvement de tête faisant voleter de longs cheveux ondulés nuance acajou, tout en aérienne grâce et légèreté.

Jef sourit d’un air entendu, indiqua ne pas vouloir prendre le risque de publier un faux, et que c’était pourquoi il avait pris soin de nommer trois experts qui reconnurent l’écrit comme étant bien de Zalmer.

– Monsieur Montebello, vous êtes-vous immédiatement rendu compte de la valeur de votre trouvaille ?
– Humm,... non. Je l’ai lu, et avec un tel bonheur que j’ai souhaité le rendre public. Mais il me fallait l’avis des...
– Monsieur de la Hache s’il vous plaît,... à combien d’exemplaires avez-vous tiré ce petit dernier ?...
– Cinquante milles en tout pour l’instant. À savoir, quinze milles plus trente-cinq milles coffrets des œuvres complètes, pour redonner à notre auteur insuffisamment connu la juste place qu’il mérite.
– Ça va faire beaucoup d’argent ?..., lança un insolent réaliste.
– Soyons sérieux s’il vous plaît, bonhomma Jef, il ne s’agit pas d’argent, mais de culture et d’art.

Et cela a duré ainsi pendant à peu près dix minutes. Puis le directeur entraîna tout son monde dans la grande salle de réception où un cocktail nous attendait.

Aurore me montra Jef en train de remettre des enveloppes à certains journalistes. J’eus beau lui dire que c’était monnaie courante, cela ne lui plaisait pas. Mais ce qui la contrariait le plus, c’était les coffrets, puisqu’elle ne toucherait rien dessus.

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Invité le Jeu 15 Aoû - 23:15

Et en prime, un autre chapitre, pour le fun. sunny albino 

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Le mystificateur (Chapitre X)

Message  Invité le Jeu 15 Aoû - 23:18

X


Journal de vingt heures d’une chaîne publique.

– Après ces tristes nouvelles du monde, revenons à l’hexagone pour notre page littéraire avec un événement aussi rarissime qu’inattendu. À la saint Théodore, Zalmer vaut de l’or. En effet, très récemment découvert, un manuscrit inédit de Théodore Zalmer vient d’être publié. Je vous propose tout de suite d’entendre l’avis éclairé de notre spécialiste Hugues Champlan auquel je souhaite le bonsoir.
– Bonsoir Henri et bonsoir à tous les téléspectateurs.
– Alors Hugues, cette découverte est-elle si importante ?
– Certes oui elle l’est ! euphorisa-t-il. Rendez-vous compte, un écrivain, récipiendaire du Grand Prix du roman de l’Académie française pour son œuvre maîtresse, soit dit en passant non retenue par les Goncourt en raison du prétendument trop grand âge de l’auteur...
– Vous n’allez pas vous faire que des amis...
– Oh, depuis le temps, je pense qu’il y a prescription. Donc, cet homme dont la production fut très limitée, quelques romans et écrits, et un peu de théâtre, en raison des exigences et soins extrêmes qu’il vouait à son art, eh bien, on apprend aujourd’hui qu’il sort un nouveau roman datant des années soixante-dix, miraculeusement retrouvé dans un grenier. N’est-ce pas extraordinaire pour une personne disparue depuis plus de quinze ans ?
– Sans doute... Je crois savoir qu’il y a eu des précédents ?
– Vous avez parfaitement raison Henri. Nous avons tous en mémoire la fameuse malle de Pedro Foçao, dans laquelle on a retrouvé toute une masse d’écrits...
– Revenons à Zalmer, j’imagine que vous l’avez lu ?
– Non, je l’ai dévoré ! Et comme bientôt des milliers de personnes !
– Vous annonceriez-nous le boum de la rentrée littéraire ?
– Sans aucun doute ! C’est le livre qu’il faudra avoir lu, et je vous fiche mon billet qu’il va éclipser toutes les autres nouveautés.
– Mais ne craignez-vous pas que tant d’années après, son style paraisse un peu désuet ?
– Est-ce que Zola, Flaubert, Hugo et beaucoup d’autres peuvent être désuets ? Non ! L’œuvre de Zalmer est intemporelle, c’est la fraîcheur, la poésie, une chaleur et une pureté sans limites, c’est l’amour, la vie, toute la beauté de la vie ! et enrobé de beaucoup d’humour.
– Quel lyrisme ! Eh bien, je ne doute pas que vous aurez donné envie à nos téléspectateurs de le découvrir à leur tour. Quel est son titre ?
Quintessence. Une dernière précision, il est évidemment paru aux glorieuses éditions G.F.H.
– Voilà, vous savez tout. Merci Hugues. C’est la fin de ce journal que je vous remercie d’avoir suivi. Dans quelques instants, la météo...

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Invité le Jeu 15 Aoû - 23:21

Bonsoir Trouble,

Je viens de tout copier sur word, une lecture dans mon lit, et je t'en remercie, je ne peux encore apporter de ressenti.

Bonne nuit.

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Invité le Mer 21 Aoû - 21:57

Bonsoir,

Si vous en avez envie, je vous conseille de copier tous les chapitres et de les lire en une seule fois (ça prend seulement une heure).
Ainsi, vous suivrez facilement le fil et serez pleinement dans l'ambiance.

Je vais vous mettre un nouveau chapitre.

Bises, bonnes soirée et nuit. sunny albino fleurs 

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Invité le Mer 21 Aoû - 22:17

XI


Jouer au chat et à la souris n’a jamais été une chose me passionnant particulièrement, bien que à l’occasion, je me laissasse volontiers distraire par un épisode de Tom et Jerry, au charme désuet certes, mais tout à fait plaisant dans l’observation des trésors d’imagination que déployaient les scénaristes, ainsi que de la ruse dont savait faire preuve la souris vers laquelle se dirigeait tout naturellement ma sympathie.
Aujourd’hui, découvrir qui, de Jef ou de moi-même, tiendrait ce rôle m’excitait davantage.

Je me retrouvai donc en tête-à-tête avec mon éditeur, enfin, celui de Zalmer, pour encaisser, au nom de mon héritière préférée, une avance sur les droits d’auteur, et pour éclairer Jef à propos de je ne sais quoi, mais qu’il avait affirmé vouloir me préciser de vive voix et entre hommes seulement de préférence. Ce qui ne me posait pas de problème particulier, bien au contraire, continuant à vouloir préserver autant que possible Aurore de réalités trop dures, puisqu’elle traversait une nouvelle phase dépressive.

– Dites-moi mon cher Luigi..., politessa-t-il, sitôt après m’avoir offert fauteuil et cigare, une question me turlupine depuis notre toute première entrevue.
– Oui ?..., demandai-je distraitement, humant amoureusement le Davidoff et m’inquiétant vaguement de sa question et essentiellement de l’allumage parfait de celui-ci. Il est des choses que l’on ne saurait bien évidemment pas bâcler et auxquelles il convient d’accorder toute son attention, sous peine de passer à côté des plus grandes satisfactions que peut nous procurer l’existence.
Le son de sa voix me parvenait lointainement, tel un message subliminal. J’étais tout attendri par ce bout qui rougissait d’un contentement que nous partagions pleinement le cigare et moi, instantanément devenus amis que nous étions.
– Eh bien,... m’avez-vous fait part de toutes vos découvertes dans la maison de Zalmer ?..., poursuivit-il en me lançant un clin d’œil complice.
– Que voulez-vous dire ?..., demandai-je en fronçant les sourcils.

Je ne me voyais tout de même pas aborder ma vie privée et celle d’Aurore, ni lui faire savoir que j’étais sur le point d’atteindre enfin le but de ma quête. D’autant que j’étais totalement absorbé par la dégustation des premières bouffées, le reste n’ayant dès lors plus qu’une importance tout à fait secondaire.
En réalité, j’étais béat, goûtant à pleine bouche la douce chaleur d’un tendre soleil dont les rayons avaient immanquablement dû caresser avec amour ces merveilleuses feuilles de tabac, avant d’être précautionneusement recueillies, séchées, découpées et, me plaisais-je à imaginer avec un léger soupçon de canaillerie, roulées sur les cuisses ou ailleurs peut-être, de typiques et malheureusement frêles représentantes du renouveau économique d’un pays prétendument en voie de développement.

– Pour être direct, n’auriez-vous pas encore quelques écrits inédits sous la main ?..., connivença-t-il.
Sûr que la question était directe, trop à mon sens, attendant plus de subtilité de sa part.
Dès cet instant, j’avais compris qui était la souris, et résolu de ne pas donner ma langue au gros minet. Son comportement tendait à montrer à quel point il était blasé et ne savait plus apprécier à leur juste mesure les plaisirs que la nature persiste, malgré toute notre ingratitude, à nous prodiguer. Pour le dérouter, je me forgeai instantanément, et sans grand-peine à vrai dire, le sourire niais du type qui n’a pas compris la question mais ne veut cependant rien en laisser paraître pour autant bien entendu. Aussi ne fus-je pas surpris qu’il poursuivît :
– Mumm,... quelques documents dont vous ne m’auriez pas parlé, qui auraient pu vous paraître insignifiants ?...
Bon sang, ne pensait-il donc qu’à ses bouquins ? !

Je prenais garde de ne pas surchauffer mon havane d’énervement et de contrariété lorsque soudaine, inattendue, lumineuse, urgente et nécessaire, pour ne pas dire essentielle et primordiale, l’Idée venait de surgir dans mon esprit : apprendre l’espagnol avant et afin d’aller rendre visite à Cadel Fistro, pour discuter avec lui des vertus du hecho a mano par exemple et, de manière à ne pas débarquer les mains totalement vides, l’initier à la préparation des fumigènes au cognac trois étoiles. Histoire d’avoir une conversation de bonne intelligence, et pas trop dérangeante s’entend.
Manifestement, Jef en avait une autre en tête, se résolvant à m’expliquer les choses différemment. Tout en l’observant aux travers de cubaines volutes, je concluais amèrement n’être pas prêt d’avoir la paix sans coup férir.

– Vous savez qu’on fait un tabac avec Quintessence. Les quinze mille livres ont été vendus en dix jours et il n’y aura probablement plus de coffrets de l’intégrale sous quinzaine. L’imprimerie travaille jour et nuit pour répondre à la demande... Je ne me féliciterai jamais assez d’avoir suivi votre idée concernant les coffrets. Donc, rien d’autre chez Zalmer ?...
– Si, atterris-je, ayant malgré tout soigneusement fourbi mes armes, prêt pour une guerilla sur fond de collines tropicales. Je ne tardai pas davantage à lui annoncer que j’avais bien un autre inédit.
– Ah Luigi, mon intuition ne m’avait pas trompé. J’étais sûr que Quintessence n’était pas fille unique. Quand me ferez-vous connaître cette fratrie ?
– Il nous suffit de rédiger un nouveau contrat.

Je ne savais pas trop comment lui présenter la suite, l’aventure me paraissait délicate. Notant mon air soucieux, il me demanda si quelque chose m’ennuyait.
Je lui expliquai qu’il vendait les coffrets uniquement grâce à Quintessence, et que mademoiselle Zalmer se considérait lésée puisqu’elle ne touchait pas de pourcentage sur ces exemplaires, soit un manque à gagner d’environ sept cent cinquante mille francs.
– Aujourd’hui, je suis en mesure de lui établir un chèque de trois cent milles, ce qui n’est pas rien. Dites-vous bien qu’il y a des tas d’écrivains qui ne toucheront jamais une telle somme. Et je vous rappelle que nous sommes engagés par contrat. Désolé, mais je ne peux rien faire.
– Je n’en suis pas sûr, mais c’est comme vous voulez, dis-je en me levant, sans oublier de prendre le chèque. Cependant, elle est d’accord pour transiger à dix-sept. Considérez que c’est à prendre ou à laisser, elle m’a donné des instructions très strictes. Et vous savez, les femmes en affaires...
– Monsieur Montebello, n’exagère-t-elle pas ?
– Prenez-vous ce magnifique Samuel chez les Gentils ?..., demandai-je en agitant le manuscrit sous son nez, espérant que cette vision le déciderait. Pas de réaction. Je lançai mon avant-dernière carte dans la bataille.
– Ou préférez-vous qu’il aille se faire prendre ailleurs ?...
Toujours pas un mot.
Ma foi, perdre fait partie du jeu. La porte atteinte, je me retournai et, un large sourire aux lèvres, jetai mon dernier atout.
– Au revoir Jef, je vous ferai remettre un exemplaire des suivants, car il y en a d’autres, par les bons soins des Éditions...
– Hhaaa ! ! pas chez la concurrence, ça non ! !... Asseyez-vous. Mademoiselle, interconnecta-t-il, venez immédiatement avec de quoi écrire !
Bon sang, ça avait marché. J’avais enfin trouvé son point faible.
– Vous êtes un sacré..., lâcha-t-il.
– Ménagez-moi mon cher Jef, l’interrompis-je. Malgré mes efforts, il me reste encore quelques traces de susceptibilité.

Toc-toc à la porte. Tout sourire à mon égard, ma secrétaire préférée fit son entrée, mettant provisoirement un terme à cette situation, laquelle, sans être désespérée, n’en était pas moins grave.
Irais-je cette fois encore abuser de sa poitrinesque générosité ?

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Le mystificateur (Chapitre XII)

Message  Invité le Jeu 22 Aoû - 22:04

XII

Deux mois plus tard était mis en vente Samuel chez les Gentils, mais l’accueil était moins favorable. Les polémiques allaient bon train puisque certains critiques avaient émis qu’il pourrait s’agir d’un faux.
En l’occurrence, cela fournissait de la matière aux journaux télévisés.

– Hugues Champlan, saurons-nous un jour si ces romans sont authentiques ou non ? !
– Eh bien Henri, on ne peut actuellement que se perdre en conjectures. Il y a du pour et du contre. D’une part sont présents les thèmes récurrents chers à l’auteur, à savoir la question juive, le dégoût de la physiologie féminine, l’amour de la femme vue comme une rédemptrice, la mort...
– Et d’autre part ?...
– Il est assez extraordinaire de découvrir autant d’écrits posthumes. Je vous rappelle que nous en sommes à deux en moins d’un an.
– J’ai envie de vous demander, quand se tarira la source ?
– Je ne saurais vous répondre. Et, malgré l’enquête que j’ai menée aux éditions G.F.H., tout demeure terriblement brumeux.
– Bien Hugues. Je vous propose d’entendre tout de suite la réaction à chaud du critique Hubert Tramblard.

« Je ne voudrais pas faire de peine à mon cher ami Jef de la Hache, mais ce nouveau Zalmer posthume ne résiste pas à l’examen d’une lecture attentive. Je veux bien admettre qu’il puisse abuser le grand public, mais certainement pas les lecteurs avertis, et encore moins les professionnels. »

– Monsieur Tramblard, merci d’être venu apporter ce témoignage. À bientôt pour la suite de ce feuilleton. Sport maintenant...

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Re: Le mystificateur (à suivre)

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