Le mystificateur (à suivre)

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Le mystificateur (à suivre)

Message  Invité le Dim 4 Aoû - 1:53

Louis BELMONT

L E
M Y S T I F I C A T E U R


1999-2013


À A. C. et A.-L. P.

À celles que j’ai aimées et à celles et ceux que j’aime.


S’il nous reste un tant soit peu de notion de juste ou de faux,
Notre esprit sombre dans la confusion.


Maître SOSAN
SHIN JIN MEI



RAPPELS


Quintessence : 1° Terme de la philosophie scolastique. La substance éthérée. 2° Dans l’ancienne chimie, la partie la plus subtile extraite de quelque corps. 3° Terme d’alchimie. Toute substance jouant un rôle important dans la transmutation des métaux. 4° Ce qu’il y a de plus raffiné en quelque chose.

Mystifier : Abuser de la crédulité de quelqu’un, pour s’amuser à ses dépens, et, en général, se jouer de lui.

Mystificateur : Les mystificateurs sont rarement amusants...



Prologue



Un vieil homme, assis à un bureau dans une sereine pénombre.
Une pâle lumière transparaît d’une lampe Gallé en pâte de verre, en forme de champignon dans les tons vert et orangé, et dans le pétillant éclat de ses yeux, le regard toujours acéré malgré l’âge. Éclat d’une mystérieuse vivacité. Peut-être due à la malice.
Ce vieil homme laborieux à sa table de travail, son vieux stylo à plume d’or, serré par ses doigts souffrant d’une méchante arthrite. Ses doigts crispés sur sa plume, ultimes médiateurs entre sa pensée et les hommes. Ses doigts depuis plus de cinquante longues années au service de sa si sublime et possessive et séduisante maîtresse, l’Écriture. Ses doigts, mornes instruments décharnés, raidis et crispés sur son dernier espoir de transmettre encore une petite chose, si essentielle pour lui. En une espèce de glorieux et victorieux testament.
Cette bouche commissurée, esquissant une grimace, ou peut-être un imperceptible sourire, cette bouche partiellement édentée par l’incessant travail de sape de la vie et de ses épreuves. Ce possible sourire à l’évocation de tous les moments de joie. Ce sous-rire aisément compris comme jaune et amer à la réminiscence des abandons et trahisons. Cette bouche entrouverte de ce vieil homme emmitouflé dans une de ses si élégantes robes de chambre en soie, assis à son bureau de style Louis XV, cette bouche souffle et siffle douloureusement et soupire vaillamment.
Peut-être est-il en train de l’écrire son testament, cet homme proche de la mort, transmettant ses derniers messages, ses derniers espoirs, sublimant ainsi ses dernières angoisses.
Cette peur panique qui l’a envahi, ce profond refus de tout voir mourir avec lui, ce final sursaut pour communiquer la quintessence de ses connaissances et expériences à tous ceux qu’il a aimés. Nécessité absolue, torture absolue à l’aube de sa mort.
Jusqu’à la fin, il travaillera, s’appliquera, essayant d’écrire lisiblement, cherchant désespérément et par tous les moyens à survivre à sa propre, future et inévitable disparition.
Naïvement convaincu d’y parvenir, ce vieil homme au regard perçant acceptera, ou fanfaronnement fera semblant d’accepter la fatalité. Lui qui a tellement cherché Dieu, si jamais Il avait un moment de libre... Prions pour que Dieu le trouve. Et l’accueille.

De sa plume d’or, il a écrit avec grande application le mot « FIN » et signé « T. Zalmer » en grandes et scolaires majuscules, et a souri, satisfait.
Satisfaction de l’homme ayant accompli sa tâche, prêt à partir en paix, malgré ses terribles inquiétudes face à l’inconnu.
Après avoir inscrit sur un bristol couleur paille : « Pour Aurore », il entoura soigneusement ses feuillets d’un ruban violet. Éteignit sa lampe Gallé, s’allongea sur son fidèle sofa, se recouvrit d’une confortable et multicolore couverture crochetée. Sourit à nouveau et ferma les yeux. Il écouta Ruht wohl, s’éleva. Puis s’endormit.

Resquiescat in pace.

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Le mystificateur (Chapitre I)

Message  Invité le Dim 4 Aoû - 15:38

I


Ayant renoncé au métro et au taxi, je me rendais ad pedibus cum jambis dans le VIe arrondissement avec en poche trois quatre adresses des plus prestigieuses maisons d’édition françaises. Il me semblait que la marche me permettrait de vérifier que nous avions bien pensé à tout, que le scénario élaboré avec Aurore allait se dérouler comme prévu.
Je ne m’étais pas décidé sur un coup de tête, j’avais tout bêtement senti que le fruit était mûr. Nul ne m’attendait, mais j’eus peu après confirmation que le culot payait encore.
Arrivé à Paris la veille au soir par le vol Swissair 153, laissant seule à Cointrain ma belle et tendre, mais lui promettant de lui téléphoner tous les jours et de revenir très vite, j’étais descendu – simple et de bon goût – au George-V. Ma charmante Aurore qui avait tenu à me conduire jusqu’à l’aéroport, espérant qu’au dernier moment j’accepterais qu’elle m’accompagnât. En dépit de son insistance : « Tu ne crois pas que ce serait mieux, avec mon nom », etc., je n’avais pas cédé, lui affirmant : « Tout se passera très bien, j’ai pas besoin d’aide, il est préférable que j’agisse seul, tout au moins dans l’immédiat ». Elle l’avait finalement admis, de très mauvaise grâce il est vrai. En fait, je ne souhaitais tout simplement pas qu’elle fût mêlée en personne à cette histoire.

Comme une mère son enfant tant désiré, serrant avec amour et respect et reconnaissance ma sacoche contenant les trois précieux documents, ignorant encore avec quelle arme ouvrir le feu, je déambulais dans ces rues dont les noms résonnaient nostalgiquement à mes oreilles. Sept ans que j’avais déserté la capitale. Un quart de cycle. Une éternité.
En définitive, j’optai pour Quintessence, c’était mon préféré, le nôtre. La seule chose qui me tracassait encore était que Zalmer avait disparu depuis seize ans déjà. J’espérais qu’il n’était pas encore oublié par les professionnels du livre. Malgré ce léger doute qui apportait un peu de piquant, j’avais l’intime conviction que ça fonctionnerait.
Serein et détendu, pas même essoufflé, je parvins à l’entrée des glorieuses éditions G.F.H., avec une excellente raison de commencer par celles-ci. Pour la circonstance, j’étais allé jusqu’à m’imposer le port de la cravate, ce qui ne m’était pas arrivé dès lors que j’avais cessé d’être agent immobilier. Je considérais cet objet comme une espèce de passe-partout dans certaines sphères de notre brillante société, ou un laissez-passer du genre : « Il est des nôtres, accueillons-le. »
Le portier était le premier obstacle à franchir. Ce fut vite fait, dès lors que je lui annonçai avec dans le regard toute l’urgence dont je puis être capable en cas de nécessité : « J’ai un documant très important à remettre en mains propres à monsieur Jean-Eustache F. de la Hache,... digne fils de feu son père Gustave-André... », ajoutai-je avec une larmoyante pointe de sensiblerie affectée, mais très bien imitée.
Sans problème, la fibre sentimentale du sexagénaire en livrée, fidèle serviteur du père, avais-je réussi à faire vibrer. Et s’ouvrit la première porte.
Après avoir gravi les deux fois vingt-cinq marches en pierre de taille recouvertes d’un velours grenat, retenu par de brillants tubes en laiton, et franchi la seconde porte, en verre trempé celle-ci, je me retrouvai littéralement dans les Hauts Lieux, l’un des Saint des Saints, face à une anachronique et surprenante jeunesse de vingt-cinq ans environ, a priori une vraie blonde, déplorablement et prématurément étiolée dans un strict tailleur gris perle. Lui imposait-on réellement cet uniforme, m’interrogeai-je in petto. Je souffrais, entendant clairement ses seins compressés par son chemisier vieux rose, qui criaient désespérément : « De l’air, de l’air... » N’eusse été cette essentiellement importante affaire à régler, bien que foncièrement fidèle, je me serais fait un devoir et une joie de venir au secours de ces presque asphyxiés. Par compassion pure. D’autant plus que la fille ne donnait pas l’impression de se rendre compte du drame qui se jouait quelques centimètres à peine sous son nez. Myope peut-être. Ou sourde. « Ô femmes, n’entendez-vous point le cri des seins le soir au fond des bois ? !... Soyez humaines, libérez-les ! » hurlai-je silencieusement.

Elle ne paraissait pas trop farouche. Après que je me fusse présenté, mes plus doux yeux de velours lui fis-je, tout en ressortant le refrain déjà efficacement testé auprès du portier.
Serviable et souriante était-elle, rapidement à ma demande accéda, et son patron interconnecta.
– Monsieur...
– Oui, qu’y a-t-il ?
– Excusez-moi monsieur, il y a près de moi un certain monsieur Luigi Montebello qui désire vous rencontrer...
– A-t-il rendez-vous ?... inquisita l’autre tout en continuant à coucher d’abstraits graffitis au Mon Blanc doré 18 carats sur du vélin pur chiffon de Lana.
– Non monsieur.
– Qu’il en prenne un.
– Il insiste, il dit n’en avoir que pour cinq minutes et que c’est très important.
– Humm..., s’adoucit-il en regardant d’un air satisfait le dernier gribouillis, quand est mon prochain rendez-vous ?
– À onze heures.
– Bon, faites entrer, accorda-t-il en rangeant la précieuse feuille au-dessus de multiples autres, dans le tiroir central de son bureau dénué de style mais d’un clinquant tape-à-l’œil.

La porte s’ouvrant, s’abattit la dernière barrière me laissant seul face à l’involontaire instrument de mon destin, en l’occurrence, J.-E.F. de la Hache. En général, je n’ai rien contre les fils-à-papa, nous le sommes tous d’une manière ou d’une autre, mais là, en voyant cet homme contraint dans son costume trois-pièces (était-ce une règle de la maison que d’avoir des vêtements d’une ou deux tailles en-dessous ?), avec pochette alors que nous étions encore loin des dix-sept heures de bienséance, j’ai su que je n’aurais pas trop de scrupules à lui soutirer un pourcentage exhorbitant. Quand bien même celui-ci se situerait à la limite de l’usure.
À vue de nez, il arborait une eau de toilette de bonne qualité, mais malheureusement à base de vanille, ce que je supporte très difficilement. Celle-ci se mélangeait tristement aux odeurs de cuir des sièges et de Havane froid. Davidoff, conjecturai-je. On ne peut pas être totalement de mauvais goût, conclus-je, même si de parfums il était question.
Je m’avançai allègrement la main tendue. Pour rien. Il ne se leva ni ne me la serra. Propres pourtant étaient-elles. Peut-être craignait-il que je m’incruste si lui trop chaleureux, songeai-je.
– Bonjour monsieur, mielai-je malgré cela. Je suis enchanté de faire votre connaissance et vous remercie de me recevoir.
– J’espère que c’est important, prévint-il sèchement.
– Soyez sans crainte, un amateur de Littérature aussi éclairé que vous devez l’être ne saurait être déçu, flattai-je.
– Bon, bouffit-il, prenez un siège, mais pressons-nous tout de même. Qu’est-ce qui vous amène ?
– Un écrit de la plus haute importance.
– Permettez-moi d’en douter, blasa-t-il.
– Voilà, je suis brocanteur et...
– Non ! ne me dites pas que vous êtes venu m’apporter le récit de votre vie, démarra-t-il aussitôt. Les autobiographies des gens ordinaires, ça n’intéresse personne ! pesta-t-il. Et nos placards sont remplis par les manuscrits de tous ceux qui sont persuadés que leur vie est sensationnelle...
– Non, rassurez-vous, coupai-je.
– Ouf ! D’ailleurs, remarqua-t-il pertinemment, vous ne ressemblez pas vraiment à un brocanteur.
– Preuve s’il en était besoin qu’il ne faut pas se fier aux apparences et que l’habit ne fait pas le moine et que...
– Admettons, délogghora-t-il. Alors ?...
– Je disais donc que j’étais brocanteur...
– Je vous en prie, passons.
– ... et qu’à l’occasion, il m’arrive de vider quelques greniers et d’y faire, trop rarement je l’avoue, de sacrés trouvailles..., appâtai-je.
– Du genre ?..., flaira-t-il.
– Pièces de monnaies anciennes, armes de collection, tableaux...
– Écoutez, vous êtes ici dans une maison d’édition, précisa-t-il, pas chez un antiquaire.
– Je ne me suis pas trompé d’adresse, souris-je. Si tant est que vous aimiez vraiment les livres, je vous en apporte un inconnu d’un très grand auteur. Il devrait faire votre bonheur,... et mettre du beurre dans les épinards.
Avant toute autre considération d’ordre littéraire, je n’oubliais pas que c’était avec un homme d’affaires que je discutais.
– Oui ?..., mordit-il du bout des dents.
– Oui.
– Ciel ! Laissez-moi deviner, pétilla-t-il enfin. Humm,... un original des mémoires de Sainte-Beuve?...
– Un inconnu et inédit, ferrai-je.
– Euh,... un Alexandre Dumas ?
– Vous n’y êtes pas du tout, commissurai-je.
– Un Jules Verne ?
– Non plus.
– Un...
– Oui ?...
– ..., sécha-t-il en pinçant sa lèvre supérieure entre le pouce et le majeur.
– Ah,... tant pis, dites-moi.
– Un roman de feu le grand Théodore Zalmer..., lâchai-je aussi anodinement que possible.
– Hein ? !..., s’époustoufla-t-il, vous plaisantez ? !
– Non. Mais permettez que je poursuive.
– Faites, s’impatienta-t-il.
Je le sentais réellement frétiller dans ma main. Sans plus attendre - et tout en me félicitant d’avoir suivi des cours d’art dramatique qui servirent à meubler certaines périodes oisives et oiseuses de mon existence -, je lui servis mon couplet longuement mis au point et répété jusqu’à ce que naturellement de ma bouche il coulât.
– J’imagine que vous n’êtes pas sans savoir que le maître était très exigeant, à la limite de la manie,... d’où sa trop petite production littéraire...
– Je suis au courant. C’est d’ailleurs fort dommage...
– Je termine... N’étant pas satisfait de cette œuvre, pourtant de très bonne facture, tant par l’histoire que par son style particulier et inimitable, il l’avait proprement mise à la poubelle, si ! Reconnaissons qu’après avoir obtenu le Grand Prix de l’Académie, il ne pouvait que se montrer difficile...
– Effectivement... Mais dites-moi, pour une personne de votre profession, vous paraissez bien érudit...
– L’un n’empêche pas l’autre, pointai-je.
– Et comment diable serait apparu ce prétendu manuscrit ?..., curiosita-t-il.
– J’y viens. Datant de la fin des années soixante-dix, le texte de quelques trois cent-cinquante pages, avait été dactylographié par son épouse. Et elle, l’aimant beaucoup, le sauvegarda d’une destruction qu’elle considérait abusive. Bien entendu sans en parler à son mari dont, malgré son côté facétieux, les épouvantables colères demeurent légendaires.
– Oui, c’est tout à fait exact, confirma-t-il en s’étirant dans son fauteuil. Mon père, qui était déjà son éditeur, nous en parlait à la maison. Leurs entretiens étaient dignes des plus grandes pièces de théâtre ! Chaque ligne lui était précieuse, à tel point que certaine œuvre dut être découpée en plusieurs volumes...
– Donc, il y a quelques temps de cela, j’étais chez sa petite-fille Aurore, afin de débarrasser la maison de l’auteur, qu’elle souhaitait vendre suite au décès de sa mère. Et c’est à cette occasion que je découvris...
– Et vous auriez en votre possession un écrit inconnu de Zalmer ?..., dubita-t-il.
– J’ai, certifai-je.
– Non ? !
– Si, insistai-je.
– Montrez-moi ça, piaffa-t-il.
– Puis-je vraiment ?...
– Bien sûr ! !
– Alors tenez, je vous présente Quintessence, dramatisai-je.
– C’est un bon titre...
– Moins que ce qui se cache derrière..., susurrai-je.

Le directeur lut les deux premières pages, quelques unes par-ci par-là, et les deux dernières. Son visage s’éclairait de plus en plus, jusqu’à devenir aussi lumineux que celui d’un gamin auquel on vient de décerner le prix d’excellence.
– Magnifique ! Extraordinaire ! Fantastique ! Mirobolant !
– Je sais, confirmai-je, je l’ai lu en entier. On retrouve bien sa patte, n’est-ce pas ?...
– Tout à fait, dit-il en continuant à feuilleter. Il y a une merveille à chaque page. Écoutez-moi ça.
Et il chanta plus qu’il ne lut un fragment de l’œuvre du maître, tant était poétique et théâtrale sa manière d’écrire.
« Ô le trouble provoqué par ce ventre blanc, ventre de la femme, ventre de la mère ; source de vie, promesse de vie future ; ô trône de la fécondité, siège du miracle générateur, grotte de chaleureuse douceur, tendre océan maternel ; ô le doux refuge. Ô images poétiques et romanesques... En réalité, amas d’organes, mètres d’intestins nauséabonds et glaireuses chairs sanguinolentes... » Bon sang !
– Je ne vous le fais pas dire.
– Et ça : « Mumm mumm ce soleil du début d’automne qui me chatouille le nez plutôt agréable quelle heure où suis-je sept heures cinq il est tôt mais j’ai bien dormi où suis-je oh d’abord m’étirer mumm ah oui je me rappelle hier cette nuit le lit est confortable chaleureux doux plaisant c’est bien les draps de soie il faudra que je m’en procure mais noirs c’est triste sinistre donc pas noirs alors quoi verts violets jaunes bleus je ne sais pas trop y penser y aller dès demain où est-ce que je vais trouver ça oh je verrai bien et vous là près de moi plus tout à fait inconnu pour finir vous me plaisez avec votre sourire presque angélique quand vous dormez vous cachez bien votre jeu ah tous ces plaisirs que vous m’avez donnés procurés merci merci humblement mon seigneur quel salaud non pas dire ça dire coquin fripon avec votre expression enfantine on vous donnerait le Bon Dieu sans confession vous êtes doux vous êtes généreux vous êtes dur exigeant intransigeant vous ne m’entendez pas je peux vous dire je t’aime je t’aime je vais continuer aussi longtemps que vous en aurez le désir vous avez su me sentir me comprendre me donner ce dont j’avais besoin découvrir prévenir mes envies vous m’avez respectée vous ne vous êtes pas comporté comme tous ces ces machins sur papattes tous ces ces pauvres porteurs de glanglandes à sousoulager qui s’agitent s’agitent risquant à chaque fois l’apoplexie ou l’infractus non infarctus je me trompe toujours ils me font peur sont tout rouge crispés essoufflés devraient arrêter de fumer n’ont rien compris à l’amour s’endorment ridiculement goujatement après avoir libéré leur leur comment on dit ah oui semence seul but réel de leurs physiques culturistiques et ridicules va-et-vient gymnastiquetiques bestiaux qui se retournent tournent le dos en marmonnant un vague bonne nuit et sombrent dans un sommeil de mâle égoïste ignorant tout de la tendresse non vous vous avez su su nous approcher d’une réalité transcendantale de l’acte d’amour c’était très très poétique... », etc. Ah !... Ça, c’est bien de lui, jubila-t-il, il est le seul à écrire de cette manière.
– Humm...
– C’est formidable. Zalmérien ! oserais-je dire, toscana-t-il.
Le pauvre, compatis-je, il en avait plein la bouche.
– Je n’en doute pas. Sur ce, je vais vous laisser à vos occupations. Je ne voudrais pas abuser de votre temps, brindillai-je.
– Qui a dit que j’étais pressé ?
Ah ! mauvaise foi, quand tu nous tiens...
– Vous, il y a dix minutes à peine, clouai-je en douceur.
– Ah,... un instant, je vais arranger ça.
Il appuya fébrilement sur le bouton.
– Oui ?..., répondit la petie voix coincée de la secrétaire.
– Annulez tous mes rendez-vous de la matinée et,... une minute...
S’adressant à moi :
– Vous êtes libre pour déjeuner ?
– S’il le faut..., consentis-je princièrement.
– Il le faut. Bien entendu, vous êtes mon invité, précisa-t-il.
Reprenant la communication interphonique :
– ... et de l’après-midi.
– Je vous rappelle le repas que vous avez à quatorze heures avec le Ministre de la Culture..., pleurnicha l’autre bout du fil.
– Annulez !
– Que dois-je dire à Monsieur le Ministre ?..., s’angoissa-t-elle.
– Ce que vous voulez mon petit. Ou bien non, faites-lui savoir qu’il va bientôt avoir une grandiose surprise, un inédit de Zalmer.
– De Zalmer ? !
Je notai avec plaisir que même une jeune secrétaire le connaissait. Elle n’en devenait que plus séduisante. La culture chez une femme, c’est un peu comme un bonus, la cerise sur le gâteau.
– Oui.
– Bien monsieur.
– Retenez une table à la Tour d’Argent pour deux personnes.
– Ce sera fait monsieur
– Et ne me dérangez sous aucun prétexte.
– Entendu monsieur.
Revenant à moi :
– Voilà, veuillez m’excuser.
– Je vous en prie. Vous voyez, quand on veut..., perniciai-je.
– Où en étions-nous ?..., occulta-t-il.
– J’ai toujours aimé fouiller dans les greniers...
– Soyez-en béni ! Bon sang, un original inédit !
Les yeux du directeur étincelaient, il devait certainement être en train de calculer ses gains à venir.
– Il va faire le bonheur de milliers de lecteurs, renchéris-je.
– Ne nous emballons pas..., freina-t-il.
– Au moins, ajoutai-je malgré tout.
– Il y a tout de même quelque chose qui me chiffonne...
– Quoi donc ?..., m’inquiétai-je.
– Le papier et l’impression ne sont pas d’époque, pouvez-vous m’expliquer ?
– Bien entendu, respirai-je, j’attendais que vous me posiez cette question. C’est très simple, le texte original était dans un état déplorable, certainement dû à des fuites dans la toiture, aussi je l’ai tout bêtement scanné, remis en page et imprimé. Il ne me semblait pas convenable de présenter des papiers déliquescents à un homme de votre qualité.
– Humm,... admettons. Autre chose encore...
– Oui ?...
– Ne m’en veuillez pas, mais à quel titre êtes-vous ici ? Les droits éventuels appartiennent logiquement à mademoiselle Zalmer.
– Vous avez tout à fait raison, mais voyez-vous, le décès de sa mère l’a profondément ébranlée. On la comprend, c’est une jeune femme très sensible, et c’est peu dire. Aussi m’a-t-elle remis ce pouvoir me donnant toute latitude pour traiter. Tenez.
Jef survola le document.
– Bien..., satisfit-il. Allons déjeuner, vous me raconterez tout ça pendant l’apéritif. C’est tellement extraordinaire.

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Invité le Lun 5 Aoû - 0:46

Juste euh j'adore, est-ce qu'on peut intervenir entre tes posts ? sinon je supprime sans problème, mais qu'est-ce que je ris !!!!!! Very Happy
Merci !!!!!I love you

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Invité le Lun 5 Aoû - 21:17

Hello !

Sans problème pour les interventions.
En plus, vos commentaires me feront plaisir.
Et si je te fais rire, j'en suis ravi.

Bises à toutes. sunny albino 

Et à bientôt pour le prochain chapitre.

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Le mystificateur (Chapitre II)

Message  Invité le Mar 6 Aoû - 0:08

II


Bien qu’ayant déjà connu un certain nombre de revers de fortune, il me fallait bien admettre que ça n’allait pas très fort un an et demi plus tôt. Et je m’interrogeais encore sur les raisons qui avait poussé Maaza à me déclarer que c’en était fini entre nous, qu’il fallait tourner la page, juste au moment où nous étions censés nous présenter nos vœux. J’avais infiniment apprécié la féminine délicatesse dont elle sut faire preuve en choisissant ce moment particulier, et qu’elle se fût abstenue d’en rajouter, par exemple en me souhaitant : « Bonne année ».

Après si longtemps sans le moindre nuage apparent pour me prévenir du danger, il me faut avouer que je la trouvais un peu fort de café. Mais je savais pertinemment pouvoir économiser ma salive et que lorsqu’une femme disait : « C’est terminé », ce n’était pas une farce.

J’avais donc quitté Les Merisiers, pour la laisser en paix avec les enfants, et obtenu de sa part un délai de réflexion, un sursis d’un mois, pour qu’elle soit tout à fait sûre de son choix. Mais  c’était mûrement réfléchi, m’avait-elle affirmé. Aujourd’hui, je n’étais pas plus avancé, n’ayant jamais eu le fin mot de cette histoire. Et, ressentant trop cruellement l’impossible éternité de l’Amour, j’étais fermement décidé à ne plus m’attacher. Mais je conservais malgré tout un vague espoir de Le découvrir, le véritable, pur, inconditionnel. En réalité, je n’avais plus d’autre quête et espérais encore vivre cela avant de quitter ce monde.

Durant toute une année, j’avais parcouru la Suisse, passant plus ou moins régulièrement d’un hôtel, d’un canton et d’une petite amie de rencontre à une autre, ce que mes rentes autorisaient sans rechigner.

Après Davos, Lucerne, Zurich,... cela faisait presque une semaine maintenant que la ville de Calvin m’avait vu débarquer, à la recherche d’une quelconque ou protestante illumination, imaginais-je. Partageant mon temps entre ma chambre, le cinéma et autre tea-room, je n’avais guère cessé de penser à Maaza et aux enfants.

Ce matin du vingt-et-un janvier, j’étais allé à l’Escale pour tenter de mettre de l’ordre dans mes idées et voir un peu de monde. Tandis que je buvais un moka garanti pur éthiopien, mon regard, perdu dans le vague de mes pensées, fut attiré par La Tribune de Genève qui traînait sur une table voisine.

Après avoir feuilleté les premières pages, je tombai sur les avis de décès. Mon œil fut attiré par un nom. Et c’est dès lors, sans en être le moindrement conscient à ce moment-là, que je fis le premier pas sur ce qui serait probablement la dernière ligne droite de ma vie. En effet : « Aurore ZALMER a la profonde tristesse de vous faire part de la disparition de sa mère Aude Zalmer née Blaustein et rappelle à votre mémoire son grand-père Théodore. ».

Parmi les renseignements suivants, lieu et date (le lendemain) de la cérémonie et de l’enterrement, un seul retint véritablement mon attention : la petite-fille de Zalmer résidait dans Sa maison à Genève.

La décision fut prise instantanément, mais je décidai d’attendre un jour ou deux avant de la contacter pour lui proposer mes services. Avec ma casquette d’agent immobilier ou de brocanteur, je ne savais pas encore.

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Invité le Mar 6 Aoû - 1:06

Avertissement


Le prochain chapitre a un passage difficile à lire, car sans ponctuation ni paragraphe (et d'autres par la suite).
Cependant, je vous invite vivement à le(s) lire et à vous laisser porter par le texte.
(Peut-être le ferez-vous en plusieurs fois, mais, si vous êtes intéressés par la suite...
Tout est important (enfin presque) dans l'ensemble de l'écrit pour sa compréhension.)

Il s'agit d'un enchaînement de pensées de l'héroïne, et cela se passe très vite.
Nous avons tous (certainement) vécu cette expérience où on saute du coq à l'âne dans sa tête, sans même s'en rendre compte.
D'ailleurs, il m'est arrivé, plus d'une fois, de me demander comment j'en étais arrivé là où je me retrouvais, et de tenter de remonter le fil.
Le fonctionnement du cerveau demeure (pour moi) un grand mystère.

Bien sûr, cela va vous demander des efforts, mais vous permettra d'approcher davantage la personnalité d'Aurore.
De mieux la percevoir et la comprendre.

Je suppose (?) que certaines pourraient s'identifier (se retrouver ?) à ce qu'elle exprime (elle ou son inconscient ?).
Quant au personnage de Luigi, peut-être que les hommes du forum pourront réagir.

Vos commentaires sont évidemment les bienvenus.
Si je publie mes textes ici, c'est pour vous les faire partager.

L'autre idée est que vous communiquiez ici vos propres ressentis.

Le forum est un endroit d'échange, donc interactif.

Je prends la parole, faites-en autant, n'hésitez pas.

Comme pour mes images, vous pouvez apprécier ou pas, mais dites-le, merci.

Bises, amitiés, et bonne lecture. sunny albino study 

PS : Si vous aimez cet écrit, vous pourrez copier tous les chapitres (quand j'en aurai terminé) et donc avoir tranquillement chez vous la possibilité de lire l'ensemble.

PPS : J'ai commencé cette histoire en 1998, je ne connaissais rien à la bipolarité. Je ne comprends pas comment j'ai pu créer ce texte...

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Ajout

Message  Invité le Mar 6 Aoû - 1:15

Ce texte, j'ai tenté sans succès de le faire éditer.
Je me suis fait une raison.
Il est libre d'accès.
Mais bon, ne vous l'appropriez pas.

L'écriture est un travail à temps plus que plein.
Environ quatorze heures par jour.
Et ça continue pendant le temps de sommeil.

J'ai donc passé énormément de temps à le penser, l'imaginer, l'organiser, et le rédiger.

Ce travail (comme mes poèmes) n'a pas vocation à rester enfermé sur un disque dur.
Je vous l'offre.

Merci de me lire.

Invité
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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Invité le Mar 6 Aoû - 13:17

Merci à toi pour ta confiance en nous tous ! lecture ok

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claudy

Message  claudy++ le Mar 6 Aoû - 14:21



trouble

quel plaisir de te lire ,ton écriture est si vivante que j ai l impression que tu es là à me parler a baton rompu

je te savoure par petits bouts !j attend la suite !gros becs claudy

claudy++

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Tara le Mar 6 Aoû - 14:51

Bonjour Trouble, sunny 

Ben, moi aussi, je suis impatiente de lire la suite. J'aime beaucoup ta façon d'écrire et l'histoire...
Bizz de tara Amitié

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Invité le Mer 7 Aoû - 0:26

Merci de vos petits mots.

@ Claudy, je suis ravi de te retrouver et si en plus mes écrits te plaisent, j'en suis très heureux.
Tu sais que je pense à toi, mais ne suis pas le seul.

Bises à toutes.

PS : Je vais poster le chapitre III. sunny albino 

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Le mystificateur (Chapitre III)

Message  Invité le Mer 7 Aoû - 0:29

III


Le soleil ne parvenait guère à traverser le brouillard et réchauffer la triste atmosphère de ce glacial petit matin de janvier. L’immonde fosse faisait une tache sombre détonant parfaitement d’avec le sol immaculé par la neige. Ce terrible trou qui attendait impatiemment d’être occupé par l’affreux cercueil contenant le consternant cadavre.

Peu de personnes étaient présentes autour d’elle, quelques amis dont le notaire maître Gründlich, d’autres incontournables bigotes de service, et le pasteur qui n’en finissait pas : « ... À toi ma chère Aurore que je connais depuis ton enfance, je te présente toutes mes condoléances et t’assure de ma profonde affection en ce moment difficile. Sache que ta mère a sans aucun doute déjà rejoint la demeure de Notre Père Éternel et qu’elle est maintenant... ».

Elle n’entendit plus les paroles, ni ne sut comment elle était rentrée chez elle maintenant, trop absorbée par des pensées qui la dépassaient.

« Me voilà seule trop seule toute seule à trente-trois ans, pas beaucoup d’idées pour profiter pleinement de cette nouvelle liberté, impasse dans laquelle m’a engouffrée le destin, malgré tout essayer, être raisonnable, en premier lieu, prendre des résolutions des bonnes,

n’est plus le premier janvier tant pis, faire table rase, repartir à zéro, toute toute neuve, oui ou presque, couper définitivement ces pesantes racines, vendre cette maison qu’occupait Maman, trente-trois ans, l’âge qu’elle avait quand je suis née, et elle plus là maintenant pour m’aider me soutenir m’aimer me cajoler m’offrir ses confitures framboises-groseilles sa spécialité tellement excellente,

m’a pas donné la recette avant de partir, conserver précieusement les pots qui restent, les déguster les vénérer,
Maman t’ai-je assez dit que je t’aimais et toi aussi grand-père,
Papa pas eu le temps, mort trop tôt, était parti au Ciel, c’est ce que je croyais mais y crois plus depuis longtemps, suis grande maintenant,

pas de ma faute, accident de la route, pas de sa faute mais en face voiture rouler à gauche, la dame savait pas ne conduire et boum lui mort, elle aussi dommage, qui étais-tu mon papa le saurai jamais mais je t’aime quand même tu sais,

crois pas à l’accident tu conduisais bien, une dame te disait toujours pas plus de cent-quarante et tu souriais, pourquoi tu nous a quittés, n’avais que sept ans c’est petit pour plus avoir de papa y as-tu pensé mais t’inquiète pas je t’aime,

j’espère vous êtes ensemble vous vous êtes retrouvés tous les deux, peut-être même avec grand-père, son seul fils, il a souffert beaucoup aussi il était déjà vieux, a pas bien compris pourquoi n’était pas lui qui mourait, Papa était assez jeune, trop, mais y en a qui meurent encore avant alors tant pis c’est la vie,

et mon Antoine, disparu après neuf jours de mariage, pas eu le temps de faire petit bébé, je crois pas que j’en aurai un jour, m’a rien ne laissé que confortable assurance-vie, pourquoi on dit assurance-vie et pas plutôt assurance-mort,

bel enterrement tu as eu presque plus beau que notre noce, pourquoi étais-tu parti si vite à Lausanne pour ton travail, et trois jours c’était trop long pour moi, et au retour l’accident bête toujours bête l’accident et le monsieur qui osait pas ne me dire que tu étais plus ne vivant et l’autre qui a rapporté tes affaires, la montre que je t’avais offerte et le portefeuille avec ma photo et ta trousse de toilette,

pourquoi des préservatifs entre ton parfum et le dentifrice, en avais pas ne besoin avec moi alors pourquoi,

et toi ma Tatiana qui m’a laissée tomber à quinze ans, pourquoi avais-tu commis cet horrible définitif geste, pas à cause de moi j’espère,

trop de morts dans ma vie, pourquoi on dit c’est la vie quand quelqu’un meurt j’aimerais bien savoir mais plus ne penser à tout ça, fait trop mal, donc maison de grand-père, est plus là non plus, me rappelle, il était gentil très gentil, m’offrait des chocolats, ils étaient trébondélice je disais comme ça,

j’allais le voir avec Maman, j’avais douze treize ans peut-être, il m’appelait toujours Rorinette, je l’aimais bien, il me regardait, me caressait les joues et disait comme tu ressembles à ton papa, tu as les mêmes yeux, je répondais oui Papi pour lui faire plaisir, dans son regard passait une ombre de tristesse,

aujourd’hui je le comprends bien, moi aussi j’étais triste, triste pour lui aussi, mais ça passait et on jouait ensemble tous les deux, seuls forcément, son fils unique avait eu une unique fille, moi, Papi m’a appris à voir la beauté des choses et à être prudente avec les Gentils,

moi pas assez me méfier, tant pis pas grave, pourquoi faut-il les gens qu’on aime s’en aillent, sans laisser d’adresse en plus, peux plus ne te joindre maintenant, m’entends-tu m’entendez-vous, pourquoi rechercher mon passé, mes souvenirs, les traces d’un bonheur disparu, pas chercher à comprendre, vais au grenier,

faut que j’y aille, y jouais pendant des heures, fouiller dans les malles de voyage, les vieux habits de Mamie, me déguisais avec, inventais des histoires, j’étais une grande dame des années sais pas ne quand, début de siècle peut-être ou après pas très important, me rappelle ça revient,

oui ma chère c’est comme je vous le dis non non je n’invente rien je le tiens directement de Paulette de la Robinière qui me l’a raconté et vous savez tout comme moi à quel point elle peut être digne de mauvaise foi vous êtes bien d’accord n’est-ce pas le contraire m’aurait étonné et donc figurez-vous que le monsieur de l’épicerie et la dame de la mercerie si je vous assure eh bien chère Paulette les a vus si tous les deux quoi oh non ils ne faisaient pas de mal enfin pas vraiment pas encore devrais-je dire ils n’étaient pas seuls mais enfin quelle impudence rendez-vous compte et vous savez aussi bien que moi qu’il est des regards et des gestes qui ne sont pas anodins oui le monsieur a donné un billet à la dame non ne me faites pas rire non pas de l’argent quand je dis billet c’est d’un mot d’une lettre qu’il s’agit non chère Paulette ne sait pas ce qui était écrit dessus mais ce n’est pas difficile à imaginer elle a bien vu que la dame rougissait en le lisant de plus elle était en train de servir il était certainement question d’un rendez-vous oui galant bien sûr mais donc cette chère figurez-vous qu’elle avait trouvé un merveilleux fil d’Écosse non elle ne savait pas encore ce qu’elle en ferait mais elle a tellement d’imagination on peut lui faire confiance elle avait demandé tout ce qui restait en stock tout vous dis-je l’autre aurait dû être aux petits soins pour cette extraordinaire cliente eh bien voilà que tout bonnement l’épicier était arrivé ce ne sont pas des gens comme nous très ordinaires vous savez bien oui donc elle n’a plus d’yeux que pour lui et laisse tomber chère Paulette mais elle très grande dame je l’admire je ne suis pas sûre que j’aurais pu me comporter comme elle admettez ma bonne amie que le monde est complètement fou et qu’il ne tourne pas rond vous êtes bien d’accord donc chère Paulette lui sourit très complice et dit qu’elle a le temps que si c’était important qu’elle s’occupe du monsieur enfin de sa commande oui mais non elle avait fini secouant sa tête de haut en bas et de bas en haut il était reparti alors chère Paulette pour arrondir sa commande et rester un peu plus longtemps a demandé quelques mètres de rubans rouges verts et bleus qui allaient si bien avec le fil et puis l’air de rien vous la connaissez elle a suggéré un bien aimable homme notre épicier et travailleur oh oui a répondu l’autre voulez-vous être livrée madame demain matin d’accord je vous enverrai mon fils et c’est là que chère Paulette qu’elle est habile a dit vous avez bien du mérite élever toute seule vos trois enfants ça fait combien de temps que votre pauvre est deux ans déjà si je peux me permettre oui entre nous promis un petit conseil vous devriez songer à vous remarier si ce n’est pas bon de rester seule alors là l’autre a de nouveau rougi et répondu j’y songerai si elle l’a dit et on sait bien ce que ça signifie n’est-ce pas alors chère Paulette l’a définitivement clouée vous n’allez pas me croire elle lui a très adroitement proposé d’être rien de moins que son témoin si une grande âme tellement extraordinaire n’est-ce pas je l’adore et qu’elle lui offrirait une énorme gerbe de fleurs des blanches des jaunes et des roses des chères en un mot surtout en cette saison elle a vraiment bon cœur Paulette si altruiste toujours à penser au bonheur des autres avant le sien il en faudrait plus des comme elle je sais mais enfin c’est comme ça où en étais-je je perds le fil non ne riez pas c’est très sérieux donc oui de très très belles fleurs mais attendez la suite non ce n’est pas fini encore un peu de thé je vous en prie après ça et dit au revoir à très bientôt très chère ni une ni deux elle s’est rendue discrètement à l’épicerie c’est-à-dire en se faisant remarquer par toute âme qui vive et oh rebonjour monsieur quel culot tout de même j’ose à peine vous répéter mais il le faut c’est la vérité vraie ne soyez pas si pressée je ne peux pas vous raconter la fin de l’histoire de but en blanc il faut y mettre les formes nous sommes bien d’accord donc écoutez-moi ça elle a dit ce n’est pas la cliente qui vient vous voir mais l’amie elle n’a pas peur des mots je l’admire tant moi j’aurais éclaté de rire et elle a fait ça avec toute sa finesse pensez-vous elle a tellement maigri ces derniers temps fondu comme neige au soleil vous devriez la voir elle n’est plus que l’ombre d’elle-même si j’ose dire oh elle est encore bien présente mais passer de quatre-vingts à soixante-dix excusez-moi du peu mais il faut le faire n’est-ce pas oui vous avez raison elle pourrait en perdre encore autant et même plus oui donc elle lui a dit qu’elle avait beaucoup discuté avec la dame de la mercerie en insistant sur le beaucoup une bien brave femme quel courage toute seule admirable dommage qu’elle soit timide comment mais parce que et je suis certaine de ne pas trop m’avancer elle est amoureuse de vous mais si vous devriez vous déclarer ne me dites pas que vous êtes indifférent n’est-ce pas donc vous lancer bien sûr une femme sent ce genre de choses allez-y vite croyez-en mon expérience vous avez déjà perdu assez de temps et de fil en aiguille c’est le cas de le dire deux mois après ils se mariaient voilà comment ça s’est passé vous êtes soufflée oui je comprends quand même sans elle il y aurait deux tristes âmes solitaires de plus,

ah Papi il y a longtemps que tu étais là, tu veux jouer avec moi, oui à raconter des histoires, et tu me montreras ton gros gros très gros roman, me rappelle, c’était si beau quand tu lisais on aurait dit une chanson, pas besoin de comprendre les mots c’était de la musique,

oh mon musicien de grand-père, pourquoi ne m’as-tu pas transmis ton talent plutôt que cette maison.

Mais qu’est-ce que c’est que ça, défaire soigneusement le ruban violet, des feuilles, des tas de papiers, écrits à la plume ou tapés à la machine par ma chère Mamie, et c’est écrit : " Pour Aurore ". Tout ça pour moi ? merci Papi, j’ai de quoi occuper ma nuit. Mais j’ai un peu sommeil, relâchement des nerfs a dit le médecin. Un petit somnifère. Dormir, demain sera un autre jour. »

« Si fait. Au matin, je suis en pleine forme, j’ai dormi toute habillée, en noir en plus. C’est tellement rare, mais je dois avouer ou reconnaître en toute objectivité que ça me va plutôt bien et, toute fausse modestie mise à part, même très bien ajouterais-je. " Comme le deuil vous sied, Aurore ", confiai-je à mon miroir qui ne me dément et sourit timidement. " Merci ", simplifai-je en impromptue réponse tout en rectifiant une petite mèche friponne. Ah, que n’y eut-il quelque beau jeune homme de bonne famille, pour me servir cette charmante phrase...
« Solide petit-déjeuner, céréales, biscottes, beurre, confitures... C’est important pour bien commencer la journée. Et zut ! bouche pleine, sonnerie du téléphone. Ça ne rate pas souvent. »

– Allô ?..., mâchai-je.
– ...
– Monsieur ?...
– ...
– Montebello, c’est italien ?
– ...
– Soit vous tombez bien, biscottai-je, soit vous êtes un rapace.
– ...
– D’accord, déglutis-je. Passez dans l’après-midi.
– ...
– C’est ça, remordillai-je, disons quinze heures. Au revoir.

« Eh bien, en attendant cet empêcheur de deuiller en rond, je vais découvrir mon héritage. Lire grand-père. Revivre. Peut-être. »


Dernière édition par Trouble le Mer 7 Aoû - 0:44, édité 1 fois (Raison : Aération du texte, trop difficile à lire sur écran)

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Le mystificateur (Chapitre IV)

Message  Invité le Jeu 8 Aoû - 9:46

IV


« S’il savait ce qui traverse mon esprit tandis que nous buvons sagement du thé de Chine, et il a manifestement reçu une bonne éducation, il n’a pas laissé sa cuillère dans la tasse et lève son petit doigt en buvant, silencieusement en plus, ce sont des signes qui ne trompent pas. Ce type est trop beau et je le veux. Et il continue à parler littérature, très bien d’ailleurs, mais j’ai envie d’autre chose, se rend-il compte que j’existe ? je suis vivante, en chair et en os. »

– Excusez ma distraction, atterris-je, mais je suis encore choquée.

Je lui renouvelai mes condoléances. Mais il n’était pas question de ça. Depuis ce matin, elle avait lu divers documents de son grand-père, dont une merveilleuse histoire d’amour, passionnée, et dramatique.

– Je sens qu’il est très près de moi, et je l’admire tant.
– Moi aussi. Il est l’auteur qui m’a apporté le plus de plaisir...
– Il s’agit d’autre chose, vous ne pouvez pas comprendre..., susurra-t-elle, le regard illuminé, le sourire radieux.

« Qu’il me plaît ! Maman m’a toujours dit souhaiter me voir heureuse et là, n’est-ce pas un peu de bonheur qui se présente ? Bien sûr, j’ai un peu peur d’être déçue, mais c’est plus fort que moi. Ses yeux bleus et translucides sont trop merveilleux.
« Couper court, il se fait tard. Baîller, lui dire que c’est la faim, lui suggérer de m’inviter à dîner, pour me changer les idées. Il semble si doux, il ne me fera pas de mal. J’aimerais qu’il me serre dans ses bras, le sentir tout contre moi, en moi, je dois être folle. Il se lance, ne pas dire que je n’attendais que ça, me faire prier, faire croire que je lui accorde une faveur, je ne suis pas une fille facile. " Je vais me faire belle. D’accord, venez me prendre à vingt heures. " Vite une douche froide, rafraîchir les idées et ce feu qui dévore mon ventre, ne pas succomber, mais quand même après tout. Je vais sortir, manger, boire, rire, danser, vivre ! »

Je ne pensais pas qu’une fraîche orpheline accepterait aussi facilement de passer une soirée avec un inconnu. Une si belle fille, perdue et abandonnée. Aurore, ton prénom chante à mes oreilles comme l’aube d’un jour nouveau que l’on découvre à deux. Tu es sublime, et face à toi, comment faire pour ne pas oublier mes résolutions et ne pas m’attacher ?

« Avec son smoking blanc, j’ai cru ne pas le reconnaître. Moi, j’avais ma robe noire et, au milieu du repas, il m’a dit : " Ne le prenez pas mal, mais comme le deuil vous sied... Puis-je vous appeler Aurore ?... " Mon rêve se concrétisait, comment avait-il pu ? J’ai bredouillé : " Oui, bien sûr, Luigi ". Peut-être ai-je rougi un peu, je n’entendais plus que la musique de ses paroles et des violons tsiganes, musique de l’Amour et du bonheur, colorée dans les tons de bleu, de sable et de soleil d’un petit matin estival. Un vrai coup de toboggan, j’en étais tout estomaquée, fébrile, et c’était, il n’y a pas de mot, je flottais entre deux airs. Nous voguions main dans la main, soutenus par un léger souffle divin. Mais le maître d’hôtel m’a ramenée sur terre, constatant que j’avais à peine touché à mon assiette. " Si, c’est très bon, excusez-moi, je pensais à autre chose... " ».

Nous parlions encore de littérature et je lui appris que j’écrivais un peu. Elle voulait absolument me lire, et j’eus beau dire que cela n’avait rien de comparable avec les écrits de son grand-père, elle insista.

– Aucune importance, cela me permettra de mieux vous connaître. Et puis, un écrivain est ce qu’il apporte au lecteur. Des émotions, une évasion... Je vous en prie, faites-moi plaisir.
– Après tout, pourquoi pas, mais je vous aurai prévenu.

Ma chère Aurore, je ne suis qu’un homme en sursis, n’espérant plus rien d’autre que vivre un grand amour. Et je ne veux pas te faire souffrir lorsque je disparaîtrai. Je rêve que je te prends dans mes bras, je te caresse, m’insinue sous ta robe, partant à la découverte du soyeux granulé de ta peau. Si j’avançais ma main jusqu’à la tienne, je serais fixé. Mais les bagues que tu portes, celle à l’annulaire de la main gauche. Si tu avais déjà quelqu’un dans ton cœur ?

– Excusez-moi si je suis indiscret mais,... vous n’avez pas un ami ?
– Non, je suis veuve, mais rassurez-vous, c’est du passé.
– Vous l’aimiez beaucoup ?
– Oui, profondément... Vous savez, je pense que l’amour est une espèce d’harmonie qui s’impose, si la sincérité est au rendez-vous...
– Et avec moi, que ressentez-vous ?
– Oh Luigi, n’allez-vous pas un peu vite ? Ne serait-ce pas à vous de vous exprimer ? Une femme aime s’entendre dire certaines choses.
– Pour être franc, je n’ai rien ressenti d’aussi fort depuis une éternité. En fait, je suis très ému et troublé.
– Moi aussi, murmura-t-elle en serrant ma main.

« Il m’hypnotisait. Et la vodka coulait en abondance, mon péché mignon, j’ai dû en boire beaucoup, trop sûrement, je me sentais si détendue, si aimée tout à coup, si ivre aussi... »

Je la ramenai chez elle, acceptai « le dernier verre », et là, les choses ne traînèrent pas. Était-ce dû à l’alcool ? toujours est-il qu’elle me demanda de l’embrasser et de lui faire l’amour. Je ne souhaitais pas aller si vite, et prétextai le respect. Elle rétorqua que l’irrespect était de refuser à une femme ce qu’elle demandait. Je lui dis qu’elle m’intimidait un peu.

– C’est ce qu’on va voir.

Et j’ai vu. Elle savait y faire. Toute en noir, du haut jusques aux bas de soie, soutien-gorge, slip très échancré sur porte-jarretelles. Elle se déshabillait langoureusement à contre-jour devant le feu à l’âtre, l’une de ses manies. Tout en souriant, elle chantonnait : « Y a du feu dans la cheminée... », son regard perdu dans un vide insondable. Elle était magnifique, et je ne maîtrisais plus rien.

De quelle fantastique sensualité savait-elle faire preuve, déambulant sur le moelleux tapis en pure laine vierge, égarant avec lenteur et négligence ses vêtements, dans un désordre apparent mais certainement calculé avec soin. Noir sur blanc. Comme sa peau si finement laiteuse.

Assis dans un confortable fauteuil, cognac dans une main, cigarette dans l’autre, j’admirais en témoin passif son strip-tease. Par fugitifs instants, ses pupilles brillaient étrangement, semblant guetter des réactions que je gardais encore pour moi.

Lorsqu’elle tangua trop dangereusement, je me levai vivement pour la rattraper, et le rire nous gagna. Nous étions magiquement devenus de tendres et insouciants tourtereaux, oubliant la réalité, la fuyant éperdument dans la folie de notre passion débutante, dans notre inextinguible et incontrôlable soif d’extrême. Je ne comprenais pas tout, son discours devenait parfois si incohérent, mais elle m’attendrissait. Je l’embrassais, tournoyais avec elle et vibrais. Intensément.
Nous nous endormîmes très tard, après une lutte sans aucun vainqueur.

« Le jour se lève sur les draps défaits et parfumés de tendre et fougueuse tendresse. Si heureuse d’être là près de lui, glisse un léger baiser sur une paupière, il se retourne. Faire du café, soleil aujourd’hui. Gagne la salle de bains, ouvre la fenêtre, entends les oiseaux chanter, m’apprête à prendre une douche, me ravise et y renonce. Ça faisait si longtemps, veux encore conserver sur moi l’odeur de l’amour, comme une robe invisible mais indéniable. L’embrasse à nouveau, m’habille sans dessous. Aller jusqu’à la boulangerie, j’ai faim. Dans la rue, tout le monde me regarde, des sourires partout.

« Je reviens, le café est prêt. Luigi dort toujours. Envoie valser mes vêtements, le rejoins, me sers encore de lui pendant deux heures.
« Encore, soupirai-je. – Je ne peux plus, avoua-t-il. – Moi non plus, mais je t’aime. – Moi aussi..., souffla-t-il. »

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Re: Le mystificateur (à suivre)

Message  Kenza le Jeu 8 Aoû - 10:12

J'aime .. c'est très très beau. I love you 

Kenza

Féminin Nombre de messages : 168
Date d'inscription : 02/07/2013

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Le mystificateur (Chapitre V)

Message  Invité le Sam 10 Aoû - 0:41

V



Bien des années plus tôt, alors que le petit Jef épiait indiscrètement cet entretien, Théodore Zalmer était reçu par Gustave-André F. de la Hache. Celui-ci s’inquiétait de ne pas recevoir les écrits contractuellement dûs. La civilité était de convenance à cette époque, aussi prenait-il des gants face à cette emblématique figure de la littérature contemporaine.
– Quand m’apporterez-vous votre prochain roman ?
– Humm,... vous savez, il est trop important,... non en volume, mais en ce qui concerne l’essence même de ma vie, de ma quête.
G.-A. F. supposa qu’il s’agissait d’une merveille, ce que démentit l’autre en toute modestie. Il quémanda le droit de le lire, mais non, il n’était pas encore à maturité. Zalmer, à la recherche de la perfection, voulait le retravailler. L’éditeur tenta la flatterie pour en savoir plus. Il n’obtint que quelques confidences.
– Voyez-vous Gustave, précisa-t-il en rajustant son monocle cerclé d’or, il s’agit d’une espèce de testament...
– Allons donc Théodore, vous nous enterrerez tous.
– Si le Ciel le veut, c’est mon œuvre qui nous enterrera.
– Par elle, vous êtes déjà Immortel. Permettez une précision, avant moi, ce sont vos fidèles lecteurs qui attendent impatiemment de vous lire. Alors,... pouvons-nous espérer ?...
– L’espoir est l’une des seules choses qui soit gratuite..., facétia-t-il. Ceci dit, j’ai bien quelques autres petits écrits qui sont en phase de tiroir... Je vous tiendrai au courant.
– Entendu, j’attends de vos nouvelles au plus vite, mais ne soyez pas plus royaliste que le roi.
Théodore aquiesça, mais cela ne suffisait pas à l’éditeur qui voulait au moins connaître le titre du testament.
Quintessence, tout bêtement, répondit le vieil écrivain, un éclair de malice dans ses yeux pétillants.
« Quintessence », se répéta perplexement Gustave-André tout en se caressant le menton, « Qu’est-ce qu’il peut bien donc nous préparer ? Il me surprendra toujours. Enfin, attendons, puisque c’est sa volonté. »

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Re: Le mystificateur (à suivre)

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