De la mécanique quantique au diagnostic psychiatrique

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De la mécanique quantique au diagnostic psychiatrique

Message  Invité le Sam 22 Sep 2012 - 7:01

21 septembre 2012
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De la mécanique quantique au diagnostic psychiatrique, existe-t-il une réalité accessible à la connaissance ?

Un phénomène existe-t-il indépendamment de tout observateur ? Cette question est récurrente depuis l’aporie médiévale sur l’arbre tombant dans une forêt déserte où nul n’assiste à sa chute : l’arbre fait-il alors du bruit, ou non ? Au XVIIIème siècle, l’évêque George Berkeley prétendait que « rien n’existe à moins d’être perçu », mais il prêtait toutefois un statut de réalité objective à l’univers, indépendamment de tout observateur, en affirmant que même la chute d’un arbre dans une forêt déserte provoque encore du bruit, car il reste toujours au moins « Dieu pour l’entendre. »

Il existe une variante célèbre de ce débat : « Est-ce que la lune est là quand personne ne la voit ? » Par ces termes (ou une formule voisine, « J’aime penser que la lune est là même si je ne la regarde pas »), Einstein présentait un problème central de la mécanique quantique : un phénomène (comme une grandeur physique) a-t-il une existence préalablement à sa mesure ? Ou s’ancre-t-il dans la réalité seulement après l’ingérence d’un observateur et son intervention métrologique ?

Pour le Dr Saad Ghalib, psychiatre aux Émirats Arabes Unis, cette controverse philosophique sur la nature profonde de la réalité s’applique aussi à la psychiatrie : « l’identification des troubles psychiatriques connaît les mêmes difficultés conceptuelles » (que la description du réel en mécanique quantique). Par exemple, un diagnostic ne peut pas exister sans l’intrusion obligatoire d’un observateur et d’une nosographie, et leurs interactions avec le sujet altèrent peut-être plus ou moins la réalité recherchée. « Il est illogique de dire que la validité des nosographies est insuffisante car elles ne représentent pas avec précision une réalité extérieure », estime l’auteur qui ajoute qu’« en réalité, les nosographies créent une réalité extérieure, sans même requérir l’intervention ‘‘consciente’’ d’un observateur pour le faire. »

En physique quantique, comme en matière de nosographie, la connaissance d’une (éventuelle) « vraie réalité » demeurerait donc indécidable, car inaccessible à la connaissance, impliquant toujours une interaction observationnelle, donc une altération incompressible de cette réalité. Le Pr. Pickering (spécialiste de l’hypertension artérielle) [1] résumait ce débat avec humour : « Votre tension monte toujours quand vous voyez la note d’honoraires du médecin chargé de la faire baisser ! » - Dr Alain Cohen

[1] http://hyper.ahajournals.org/content/54/5/917.full.pdf+html

Ghalib S : Is the moon there when nobody looks? Br J Psychiatry 2012; 201: 159.

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