Blogs, BD, livres : se soigner en racontant

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Blogs, BD, livres : se soigner en racontant

Message  Invité le Mar 3 Juil 2012 - 9:17

Blogs, BD, livres : se soigner en racontant




Par figaro icon Pascale Senk - le 02/07/2012
Certains patients éprouvent le besoin de parler de leurs problèmes psy pour mieux s'en sortir.

Vincent Bernière s'en souvient comme si c'était hier: en 1994, alors qu'il est enfermé pour huit semaines dans un centre de traitement pour décrocher de l'héroïne, un thérapeute lui demande lors d'une séance de groupe: «Quel est ton rêve?» «J'ai répondu tout de go que je voulais écrire des scénarios et des romans, explique-t-il. J'avais entendu dire durant la thérapie que développer des œuvres de fiction pouvait aider à guérir.»


Aujourd'hui, après trois romans consacrés de près ou de loin à son parcours de chute et de guérison, son rêve s'incarne à nouveau sous la forme d'une bande dessinée conçue avec le graphiste Frédéric Poincelet, Le Château des ruisseaux(Éditions Aire libre/Dupuis). Dans cette docu-fiction, le lecteur découvre ce qu'est la «maladie de la dépendance» et comment on peut s'en sortir en suivant le Minnesota Model inspiré des douze étapes des Alcooliques anonymes: obligation d'être abstinent de toute drogue ou alcool, d'assister à des thérapies de groupe deux fois par jour, d'écrire sur les conséquences de son addiction… Tout cela raconté par le prisme du héros, Vincent, qui n'hésite pas à transcrire ses étonnements, ses frustrations, mais aussi le plaisir de créer de nouveaux liens avec les autres patients.

Dix-huit ans après ces événements, Vincent Bernière affirme qu'il voulait essentiellement transmettre de l'espoir. Un pari réussi: «Des histoires de drogue, il y en a partout, observe le jeune auteur. Mais racontées par quelqu'un qui s'en est sorti et qui a pris du recul, elles sont différentes et ont un impact très fort.» Et la BD, média très simple, synthétique, abordable financièrement, a l'immense avantage, selon lui, d'atteindre un large public, «dont les personnes concernées par un problème d'addiction».
Thérapie comportementale

Ce désir de rejoindre ses «pairs», ceux qui souffrent du même mal psychique et ne le savent parfois même pas, on le retrouve chez tous ces patients qui aujourd'hui racontent leur trouble au quotidien et comment ils s'en sortent. Et ce quel que soit le support qui accueille leur témoignage: blog, BD ou livre.

Olivia Hagimont, jeune illustratrice qui raconte avec humour et tendresse ses «panic attacks» et la thérapie comportementale l'ayant aidée à les apprivoiser dansÇa n'a pas l'air d'aller bien du tout! (Éditions Odile Jacob), confie avoir écrit son histoire «dans un réflexe de survie, en quatre jours, pour échapper à cet état incroyable» dans lequel elle se retrouvait plongée. Mais peu à peu, elle évoque aussi son désir de transmettre: «Dans mon arbre généalogique, on relève des crises de panique chez ma grand-mère, une cousine, ma sœur… Il y a donc eu une transmission de peur sur plusieurs générations. Je voulais démystifier ce monstre en le racontant de manière simple, à mes filles d'abord. Puis à tous ceux qui n'y comprennent rien et me disaient: “mais secoue-toi!” sans savoir que justement, lorsqu'on souffre de ce mal, on ne peut pas contrôler ses pensées!»
Mieux que des médecins

Le parcours dessiné d'Olivia Hagimont permet aussi de montrer une autre réalité de l'hôpital psychiatrique - elle y a séjourné dix jours -, la solidarité avec des patients qui ne sont pas tous des fous, l'écoute des aides-soignants… «Je voulais dire qu'on peut vivre un séjour en HP comme dans une maison de convalescence, on n'a pas à en avoir honte.» L'aspect éducationnel de ces parcours est évident: parce qu'ils ont eu à se coltiner «de l'intérieur» un trouble psychique, ces patients se sont documentés sur leur maladie, ont cherché à la comprendre, à la décrypter pour mieux s'en libérer. Et parfois, mieux que des médecins. C'est en ce sens que l'on parle aujourd'hui de «patients experts». Régis Blain, coauteur avec le Dr Elie Hantouche d'un livre sur le lien entre créativité et cyclothymie (La Cyclothymie, pour le pire et pour le meilleur: bipolarité et créativité, Éditions Robert Laffont), en est un. Depuis qu'il a été diagnostiqué à New York comme appartenant au «bi-polar spectrum», il se documente - «sept ans que je travaille sur le sujet», explique-t-il, compare les études, discute le point de vue des médecins «pressés de vous mettre sous médicaments alors que la cyclothymie est, au départ, un tempérament, et pas une pathologie».

Depuis 2009, il s'exprime aussi dans son blog où il milite pour une «approche humaine, créative et éthique de la cyclothymie» et donne des pistes aux personnes qui se reconnaissent dans ce trouble. Conseils d'hygiène, de ralentir son rythme de vie, de ne plus chercher à paraître ou être performant: à travers son expérience, Régis Blain proclame aussi la nécessité de ne pas chercher à trop s'adapter à une «société malade», mais de se créer un «environnement plus favorable».

Tous ces patients si actifs sont probablement, comme des grands, en train de le créer.



http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/07/02/18537-blogs-bd-livres-se-soigner-racontant

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