Messages à celui qui n’aime plus vivre

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Messages à celui qui n’aime plus vivre

Message  Invité le Lun 25 Juin 2012 - 4:25

Messages à celui qui n’aime plus vivre
Sommaire
HUBERT REEVES Astrophysicien,Président de la Ligue Roc pour la préservation de la faune sauvage et la défense des non-chasseurs.
CLEMENCE BOULOUQUE Ecrivaine et journaliste
AXEL KAHN Biologiste et généticien
ALXANDRE JOLLIEN Ecrivain et philosophe
MARIE DE HENNEZEL Psychologue et écrivaine
HOWARD BUTEN Psychologue clinicien auprès d’enfants autistes le jour, clown le soir, écrivain la nuit. (Actuellement en tournée en France sous son nom de scène, Buffo.)
LECONS DE VIE :


S’il fallait trouver des raisons d’apprécier la vie, quelles seraient-elles ? Et comment les écrire pour encourager celui qui doute et perd pied ? C’est l’exercice difficile auquel ont bien voulu se soumettre pour nous six humanistes patentés. Voici les mots qu’ils ont su trouver. Anne-Laure Gannac

Lorsque le ciel se fait plus bas, les couleurs, plus ternes, l’existence, plus lourde, qu’est-ce qui peut bien aider à relancer le goût de vivre ? Une parole, sans doute. Des phrases qui tomberaient juste, sauraient toucher là où il faut.

C’est le pari qu’a fait une célèbre association de lutte contre le suicide : demander à des personnes, des anonymes, d’écrire une lettre à celui qui n’aime plus son existence. Inspirés par cette initiative, nous nous sommes demandé qui saurait trouver de tels mots ?

Au vu de leurs parcours et de leurs engagements, qui nous semblent véhiculer courage et espoir, six personnalités se sont imposées à nous : scientifique, chercheur, psychiatre, écrivain… chacun se confronte dans son métier aux limites et aux infinies possibilités du vivant. Tous ont accepté très vite de rédiger ce message fictif, preuve que ce thème avait immédiatement trouvé écho en eux.

HUBERT REEVES Astrophysicien,
Président de la Ligue Roc pour la préservation de la faune sauvage et la défense des non-chasseurs.

Cher ami, regarde dans un miroir. Vois ces yeux qui sont les tiens, qui te permettent de constater l’existence du monde autour de toi. Regarde ton visage. Sous ton crâne, ton cerveau qui te permet d’avoir conscience de ta propre vie. D’où viennent ces merveilles qui sont toi ? Comment sont-elles apparues sur la terre ?

La science contemporaine donne à notre existence une dimension nouvelle. Elle s’inscrit comme un chapitre d’une très longue histoire, celle de l’univers tout entier. Nous sommes les enfants d’une évolution qui a pris naissance il y a quatorze milliards d’années. Des collisions de galaxies et des explosions d’étoiles ont eu pour résultat de former les atomes dont nous sommes constitués. Sur la Terre, ces atomes se sont intégrés dans des cellules complexes qui, en évoluant au long des ères, ont donné naissance aux animaux, aux hominiens, à toi ! Mais la vie humaine n’est pas une sinécure. Les malheurs sont profonds. Les conflits personnels s’ajoutent aux guerres et aux massacres. Nous nous interrogeons sur son sens et sur celui de notre implication.

Que faisons-nous ici ? Cette question se pose à nous comme une réflexion permanente. C’est au travers des expériences, des bonheurs, des épreuves et des deuils qu’elle s’élabore et donne son orientation aux choix et aux actes de chacun. Créer de la vie autour de nous, compatir activement à la souffrance des autres me paraissent des gestes qui donnent sens à notre existence.
Dernier ouvrage paru : Mal de terre (avec Frédéric Lenoir, Seuil, “Points sciences”, 2005).

CLEMENCE BOULOUQUE Ecrivaine et journaliste
Il pourrait n’y avoir rien à dire. Juste laisser le malaise s’instiller, attendre et espérer qu’il s’en aille. Ce mal. La fatigue, le goût pour rien, les membres lourds, le cœur gourd. La vie s’en va, quand tout pèse. Tout pèse quand la vie s’en va. Alors voilà. Il faut apprendre à voler. Piquer, faucher, choper le léger, partout où il est et se cache. Prendre ce qui peut l’être. Devenir cleptomane.

Mettre la main sur ces choses évidentes, minuscules, inatteignables. Essayer de retrouver la sensation de l’air qui frôle le visage et qui ne brûlerait plus. Croire qu’il existe ce souffle d’air léger qui cesserait de meurtrir. Et avoir le regard qui recommence à voleter, à se poser sans s’appesantir – ni sur soi, ni sur les personnes décevantes, ni sur la vie voleuse d’espoirs, d’amours et d’êtres. Le regard à la rencontre. Le regard au loin. Je voulais juste parler de lui, de ces petits larcins et de nos petites victoires. Il ne faut pas être trop respectueux avec la vie – mais lui voler la douceur et tout ce qu’elle semble nous refuser. La rouler, pour ne pas la quitter.
Dernier ouvrage paru : Sujets libres (Gallimard, 2005).

AXEL KAHN Biologiste et généticien
Ami, tu as rêvé le monde de toute ton exigence intellectuelle, ta générosité et ta passion. Dans la société que tu t’es engagé à construire, les femmes et les hommes ont accès aux savoirs et en tirent les outils nécessaires à la poursuite des objectifs qu’ils se sont fixés. Tu t’es battu avec audace et courage pour bâtir ce monde-là, je le sais. Mais chaque fois tu t’es heurté au monde réel, et la collision fut brutale et répétée. La cupidité, l’égoïsme et l’indifférence des autres dominent. « J’ai essayé », te justifies-tu. « De toutes mes forces et de tout mon cœur, sans arrière-pensée. J’ai échoué et échoué encore.»

Sois un homme libre, on ne l’est pas en s’engageant dans la seule voie que l’on imagine ouverte, on ne l’est plus, jamais, en étant mort. Sans toi, sans tous les combattants qui ont connu des échecs et partagent ta déception, le futur ne saurait être différent de ce que tu rejettes, contraint, lui aussi. Rétablis l’incertitude, pour toi, pour ta vie et pour celle de tous les autres, vis et lutte. Même s’il est probable, l’échec n’est pas certain. Tu as tout donné pour les autres, comment peux-tu leur imposer cette rupture à laquelle tu te prépares, les abandonner ? Tout est difficile, tout est pénible, rien n’est impossible à qui vit, pour lui, pour les autres, pour se battre. Ami, viens avec nous, continuons, veux-tu ? Nous connaîtrons des déceptions, mais puiserons dans notre espoir intact la capacité d’aller de l’avant. Nous connaîtrons, c’est sûr, le plaisir, sinon du succès, au moins de la lutte, de l’amour et de la fraternité.
Dernier ouvrage paru : Comme deux frères (Stock, 2006)

ALEXANDRE JOLLIEN Ecrivain et philosophe
Cher ami, je prends la plume, non sans quelques hésitations. Il est fort délicat de prodiguer des conseils. Et je crois que l’on ne philosophe qu’à la première personne. Tu connais un revers de fortune qui t’afflige. Tu as perdu le goût de vivre. Peut-être nous mettons-nous trop d’exigences sur les épaules ? Il est précieux d’orienter notre effort sur le présent. Ne pas glaner l’idéal mais tout mettre en œuvre pour aller un peu mieux. Je ne puis que t’exhorter à ne rien refuser de ce qui a été, voilà sans doute le chemin qui élargit notre présent. Epictète affirme que ce n’est pas la réalité qui nous trouble, mais l’opinion que l’on s’en fait. Il conviait à bien distinguer ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend guère. J’y trouve les deux chantiers de la vie, accepter ce qui ne dépend pas de moi pour concentrer mes efforts sur ce qui peut être amélioré. La vie n’a pas deux côtés, un bon et un mauvais. Il nous est demandé de l’accueillir les bras ouverts et sans résignation. Ne différons pas l’exercice, pratiquons-le instant après instant. Tel est notre pouvoir et, assurément, il est grand. Considérons donc la vie et ses difficultés comme une occasion de grandir, non pas contre l’autre mais avec lui.
Dernier ouvrage paru : Le Métier d’homme (Seuil, 2002).

MARIE DE HENNEZEL Psychologue et écrivaine
Tu me dis que tu as perdu le goût de vivre et tu me demandes mon aide ! Un de mes vieux amis psychanalystes disait à ceux qui étaient pris de ce mal de l’âme : « Quelle chance tu as ! Tu vas enfin cesser de vivre à la surface des choses, te poser, plonger en toi pour écouter ce que ton âme a à te dire. » Si ton âme est triste à en mourir, c’est qu’elle est nostalgique d’autre chose.

Une joie intime qu’elle sait possible, mais dont elle a perdu le chemin. Tout être humain sait, dans son for intérieur, qu’il devrait se réjouir d’être vivant. Il aspire à cette joie d’être. Il suffit de regarder le visage et le sourire d’un enfant qui vient de naître, lorsqu’il repose sur le sein de sa mère. Cet abandon confiant dans les bras de quelqu’un qui vous porte, c’est ce que toute âme cherche à vivre. Comment le retrouver, quand tout dans la vie semble vous abandonner ? Il existe bien des façons de ne pas s’abandonner soi-même. J’en connais une et je te la confie comme un secret : allonge-toi, respire profondément et, lentement, répète doucement comme un mantra cette phrase tirée des psaumes : « Je tiens mon âme silencieuse et tranquille comme un enfant sur le sein de sa mère. »
Dernier ouvrage paru : Mourir les yeux ouverts (Albin Michel, 2005).

HOWARD BUTEN Psychologue clinicien auprès d’enfants autistes le jour, clown le soir, écrivain la nuit.
(Actuellement en tournée en France sous son nom de scène, Buffo.)

D’abord voyons clairs : vous n’avez jamais demandé à quiconque de naître, vous n’y êtes pour rien ; vous avez totalement raison. Exister ? Pour quoi faire ? Chaque jour est pénible.
Ce n’est pas seulement que vous souffrez de la vie – mais à force de vous plaindre, vous faites souffrir les autres, ceux qui ne s’en foutent pas. Vous vous estimez bon à rien et même néfaste. Passons.

Vous avez peut-être trois minutes quand même ? Oui ? Puisque vous allez mettre fin à tout cela. Faites-moi plaisir. Pas à vous, à moi. Fermez vos yeux. Allez-y, vous serez mort bientôt, alors vous pouvez bien me faire plaisir. Maintenant, regardez.

Il y a en vous un petit bureau, dans votre poitrine, je crois… Non, un peu plus à gauche… Oui, là. Dedans, il y a un petit tiroir, vous voyez ? Ouvrez-le. Là-dedans, il y a tout ce que vous êtes. Pas grand-chose ? Tenez. Je vous donne ceci. Oui, c’est invisible. C’est à moi, pas à vous. Non, je ne peux pas vous dire ce que c’est parce que je ne le sais pas. Mais prenez-le quand même… Ça ne vous coûte rien. Mettez-le dans le tiroir, celui qui est en vous, là où vous avez mis tout ce que vous êtes. Faites ce que je vous dis, ça ne fait pas mal. Et fermez le petit tiroir en vous. Merci. Non, rien. Maintenant, je propose que nous ne faisions rien. Rien du tout. Du tout.
Ah ! ****** ! Je n’ai pas la clef ! Bon, tant pis. Vous aurez un peu de moi en vous, c’est tout, désormais. Vous ne le sentirez que de temps en temps.

Je ne suis pas grand-chose. Léger. Léger.

LECONS DE VIE :
Et vous, que diriez-vous à quelqu’un qui veut en finir avec la vie ?
Que souhaiteriez-vous entendre si vous en étiez à cette extrémité ?

Depuis trois ans, la mutuelle d’assurances Macif,
en partenariat avec l’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS)
(4-6, place de Valois, 75001 Paris. T. : 01 40 20 43 04 / 01 40 20 03 11
(boîte vocale pour déposer un message)
et www.infosuicide.org),
a proposé à ses sociétaires d’envoyer « Un message pour la vie ».

Un millier de personnes ont répondu lors des deux premières opérations. Il s’agit surtout de femmes habitant en milieu rural et ayant été touchées de près par le suicide. Françoise Facy, directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), a analysé les messages reçus en 2004. Pour aller mieux, il y est souvent conseillé de chercher un sens à sa vie, de se réjouir des petits bonheurs quotidiens.

Un exemple : « Une vie, c’est tout ! Aujourd’hui, je souhaite dire : un sourire, un rayon de soleil, un signe de la main, un compliment, en un mot dire bonjour ! »

Mai 2006
exploration http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Bonheur/Articles-et-Dossiers/Aimer-sa-vie/Messages-a-celui-qui-n-aime-plus-vivre

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@ eliane qui souffre trop et trop seule en ce moment

Message  Invité le Jeu 25 Juil 2013 - 5:28

@ eliane qui souffre trop et trop seule -- malgré sa famille autour d'elle, en ce moment, Amitié

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