Philosophie, Pessimisme et Suicide.

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Philosophie, Pessimisme et Suicide.

Message  Invité le Lun 25 Juin 2012, 01:23

J'ouvre ce fil pour qu'on puisse discuter des relations entre la pensée (que ce soit philosophie, religion, arts, etc) et le suicide.

(Vous êtes pas obligés de lire mon pavé hein, on peut aussi tout simplement discuter et réfléchir ensemble si vous voulez cat )



Dans nos sociétés industrialisées, nous n'avons pas le droit d'être malheureux. La quête du bonheur, parrainée par une sorte d'hédonisme mou, qui passe par une consommation effrénée, semble aller de soi de nos jours. On ne sait plus trop pourquoi, mais il faut être heureux; et même: nous avons le devoir d'être heureux ! Le bonheur est devenu un besoin, à entendre le discours de notre société, on ne peut vivre sans être heureux. Alors, consommons, étourdissons-nous dans les plaisirs sensibles plutôt que de nous poser les questions qui font mal; c'est plus simple.
Et se suicider, c'est mal, lâche, faible. Il faut vivre et croquer la vie à pleines dents, oui ! Non, le suicide c'est bon pour les dépressifs, c'est vraiment nul, il faut vivre pour jouir !
Oh, la belle société démocratique que voilà !
Il n'en a pas toujours été ainsi, fort heureusement, ce discours (qui, personnellement, me donne envie des envies de meurtre) ambiant n'est que contextuel, il est ici et maintenant, peut-être, mais il est surtout culturel, dans un espace géographique et temporel donnés, il n'est qu'un discours de plus, et qui plus est, qui ne démontre rien et ne va nulle part; son seul but: provoquer une consommation massive de la population.


Mais il a existé d'autres pensées, qui, elles, se sont interrogées sur le sens profond de la vie, et de sa relation avec la mort;



Arrow Hégésias, (on l'appellait le peisithanatos, littéralement "celui qui pousse à la mort" en grec); un penseur de la Grèce Antique (j'ai pas les dates en tête). Selon lui, la somme des plaisirs terrestres était inférieure à la somme des souffrances, en effet, l'homme souffre en permanence, et il pense qu'il vaut mieux se suicider dès qu'on le peut; il n'y a rien à espérer de la vie. Seul le sage (auquel la vie comme la mort sont indifférentes) a le désir de rester en vie. Comme c'était un sophiste plutôt convaincant (pléonasme ?), il a provoqué des vagues de suicides. Ptolémée III était pas forcément super content que ses sujets se jettent tous dans le vide après avoir écouté les discours d'Hégésias, alors il a fait fermer son école et l'a éxilé.
C'est peut-être le premier des nihilistes à avoir pensé, écrit et diffusé sa pensée. Ça mène pas bien loin (au bout d'une corde, tout au plus), mais ce que je retiens d'Hégésias, c'est la réponse qu'il propose face au fait que la vie ne se conforme pas à l'idée que nous nous faisons d'elle: le suicide.
En gros: "Nan, ça me plaît pas. Bye !"
Je trouve ça à la fois stupide et intéressant:
Intéressant, parce que c'est peut-être le premier à avoir pensé le suicide comme un moyen pour l'homme de fuir définitivement la réalité. L'homme a la capacité, s'il le veut (et non s'il le désire, nuance importante) de mettre fin à ses jours.
Stupide, parce que si chaque homme se donnait la mort dès qu'il était mécontent, cette planète ne serait pas aussi peuplée.



Arrow Platon: Je le vois comme le terreau du judéo-christianisme: il oppose au monde sensible (cad ce qui nous apparaît (Kant dirait les "phénomènes")) une forme de réalité supérieure qu'il nomme "le ciel des Idées". Pour lui, l'âme de l'homme a été incarnée par un démiurge dans ce corps et le devoir de l'individu est de parvenir à la réminiscence, c'est-à-dire qu'il doit revenir vers ce qu'il a oublié. Le suicide chez Platon est donc perçu comme un outrage à notre nature profonde et notre devoir d'élévation. Le christianisme reprend plus ou moins ces idées, pas forcément dans les mêmes termes, mais surtout dans le même esprit: ton existence terrestre n'est qu'un passage, tout est faux autour de toi, ne te suicide pas, etc. Bon, ils démontrent pas vraiment pourquoi il ne faudrait pas se suicider, mais ils sont tellement persuadés d'avoir raison que beaucoup de monde s'est senti obligé de croire à ces conneries à ce discours !
Et voilà le début de deux mille ans de métaphysique. La réalité, c'est pas bien, et le suicide, pareil !
Là, je pense qu'on peut se passer de mon avis à vrai dire cheers


Arrow Schopenhauer: "La vie oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui ; ce sont là les deux éléments dont elle est faite, en somme." Schopenhauer est un philosophe de la deuxième moitié du XIXème siècle, qu'on classe souvent dans la catégorie "pessimiste". Pour lui, l'existence n'a pas de sens, nous sommes accablés en permanence de souffrances et de douleurs (ça vous rappelle pas quelqu'un ?), et le plaisir comme l'amour n'est lui aussi qu'une douleur, puisqu'il contraste avec les douleurs (en un sens, c'est vrai, si on ne connaissait que la douleur ... ça nous poserait pas de problème). Le suicide ne lui apparaît que comme une fausse porte de sortie, puisque nous ne sommes même pas sûr que la souffrance ne puisse pas continuer après la mort physique. La seule chose qui retient l'homme face au suicide selon Schopenhauer, c'est bien la peur donc.
Lui, il a pas dû se marrer des masses dans sa vie sérieux. Tout est souffrance et ah que j'ai mal et désespoir et ohlala je souffre. Bon, OUI, c'est vrai, l'homme souffre, mais faut savoir dépasser ça quand même. Il est très fin sur certaines choses (l'Art notemment) et cynique sur d'autres (l'amour ou les relations sociales), mais bon, il est pas indispensable: je trouve qu'il s'arrête trop à un constat, mais il écrit pas trop mal pour un philosophe !

Arrow Nietzsche: Je pense que Nietzsche voit le suicide comme une manifestation de la volonté de l'homme. Pour lui, se suicider quand on est faible (vieux, malade, démocrate, abruti, etc ...) n'est pas un problème. Le suicide est aussi chez lui une porte de sortie imaginaire ("la pensée du suicide est une puissante consolation; elle aide à passer plus d'une mauvaise nuit"). Chez lui c'est un peu toujours la même chose, il faut faire ce qu'on veut, à partir du moment où on le veut réellement. Donc, si on suit Nietzsche et son idéal de surhomme, il faut continuer à vivre et à réaliser sa "volonté de puissance".

Arrow Caraco: La mort est l'unique but de l'homme. C'est tout. Je l'ai un peu lu, pour voir à quoi ça ressemblait, et c'est extrêmement dense, très désespéré, très noir. Selon lui, il ne faut rien attendre de la vie, rien n'a de sens, rien ne sert à rien, etc. Bon, au moins il a été cohérent, il s'est suicidé quand il avait une cinquantaine d'années, juste après la mort de son père.


Arrow Cioran: Je trouve qu'il a été très fin sur le suicide. Toujours en demi-teinte, en mêlant du sarcasme ("se débarrasser de la vie, c'est se priver du bonheur de s'en moquer"); il conseillait le suicide par écrit et le déconseillait quand il discutait. C'est pas très cohérent, mais on peut comprendre qu'il aie pas envie d'avoir des suicides sur la conscience. Paradoxalement, son pessimisme à lui est revigorant d'une certaine façon. Il est toujours entre le ricanement et le soupir, ce qu'il raconte est plutôt intéressant et dans l'ensemble bien écrit. Je l'ai pas mal lu l'année dernière, je le trouve maintenant moins intéressant, mais toujours aussi drôle sur certaines choses.

Bon, là il est tard, alors je vous laisse commenter et réagir, j'éditerais et je rajouterais ce qu'il faut !
Merci d'avoir lu, j'attends vos réponses ^^


Dernière édition par Seymoh le Lun 25 Juin 2012, 19:40, édité 1 fois

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Re: Philosophie, Pessimisme et Suicide.

Message  Invité le Lun 25 Juin 2012, 04:26

Bonjour,

Et moi, seymoh, qui croyait déjà avoir passé mon Bac en 1976 ! Razz
Introduction, Thèse, antithèse, synthèse, Conclusion pale

De bon matin au réveil, ça ne va pas le faire, me fader ce type de pavé ! Very Happy
Bon, je vais rajouter du poids à la patate chaude avant de la refiler au prochain Angien !
Mais pour ne pas être hors sujet, vu que je vais approcher le suicide par la psychologie, je m'en vais poster ici

Arrow http://bipolairemd2008.forum-actif.eu/t4957-messages-a-celui-qui-naime-plus-vivre#76906

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Re: Philosophie, Pessimisme et Suicide.

Message  primomania le Lun 25 Juin 2012, 08:47

bonjour Seymoh,

Désolée, mais mes aptitudes "concentratives" actuelles ne me permettent pas de lire tout ca et d'en suivre le fil... TRop long pour moi. Mais j'aurais ton post dans "vos messages" maintenant que je suis intervenue dessus.

Bises

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Re: Philosophie, Pessimisme et Suicide.

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