L'énigme de la manie - Paul-Laurent ASSOUN - Arkhé

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L'énigme de la manie - Paul-Laurent ASSOUN - Arkhé

Message  Jacques le Ven 5 Nov 2010 - 19:30

Bonsoir ! Smile

De la part de Freedom…

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Une vie d’euphorie Critique
Paul-Laurent Assoun explore le versant psychanalytique de la manie, que les Latins appelaient «furor»
Par ROBERT MAGGIORI
Terrible est le pouvoir de la manie - que les Grecs indifféremment voyaient en inspiration, ivresse, démence ou folie, et les Latins en furor. Comme le vent, qui tantôt propulse le bateau et tantôt le fait chavirer, la manie a une puissance négative, si elle n’est qu’humaine et tire l’homme vers le bas, ou positive, si elle est divine et l’élève. Platon, dans le Phèdre, fait dire à Socrate que «les biens les plus grands nous viennent d’une folie qui est, à coup sûr, un don divin». Elle n’a donc rien de morbide, là, mais tient du transport, de l’enthousiasme, de l’exaltation que provoque l’«envahissement» par des puissances supérieures. Selon que l’on est «possédé» par Apollon, Dionysos, les Muses ou Aphrodite et Eros, on sera atteint de manie divinatoire, laquelle accroît les capacités de concentration et fait lire le futur, de manie initiatique, qui par des rituels ou des fêtes, libère la spontanéité, pousse l’individu hors des limites de la quotidienneté et l’ouvre à des connaissances subtiles, de manie poétique, favorisant la création, ou de manie érotique. Hippocrate, plus prosaïquement, fait de la manie, un trouble de l’humeur. Lorsque la bile noire ou atrabile est en excès par rapport aux trois autres humeurs du corps - la bile jaune, le sang et la lymphe - l’individu tombe en dépression. Lorsque la bile jaune est trop abondante ou altérée, apparaît l’état maniaque.
Fécondité. On pourrait ne voir là que pure «poésie». En réalité, le topos platonicien, qui associe la folie au génie créatif, et le topos hippocratique, qui conjoint manie et dépression dans un même schéma explicatif, vont pénétrer toute la culture occidentale. La manie, en tant que telle, s’en trouvera quelque peu perdue. Le sens commun la réduira aux «petites manies» que l’on a, d’aller sans cesse se laver les mains ou vérifier la fermeture des portes. La psychiatrie la liera à la dépression, dans la psychose maniaco-dépressive et aujourd’hui dans les «troubles bipolaires». Quant à la psychanalyse, elle a eu tendance à faire de la manie «l’expression simpliste, voire triviale» d’un symptôme dont la mélancolie «serait le versant "intelligent"». Frappant par exemple est le contraste entre «l’abondance et la fécondité» de ce que Freud dit sur la mélancolie et le «caractère apparemment parcimonieux de sa parole sur la manie». Aussi le statut psychanalytique de la manie reste-t-il, en grande partie, à établir. C’est ce que se propose de faire Paul-Laurent Assoun dans l’Enigme de la manie.
Le maniaque voit rarement les raisons qu’il aurait de «se soigner», trouvant qu’il ne s’est jamais dans sa vie aussi bien porté. La manie n’est pas réductible à une «idée fixe», mais traduit un état psychologique complexe, dont le chiffre est l’euphorie : le maniaque a une confiance en soi illimitée, acritique, est d’une «bonne humeur» débordante, n’arrête pas de «bouger», se lance constamment dans de nouvelles entreprises, crâne, est porté par un discours «déliaisif» et un «régime d’association "hyperlibre", par assonances, superlatifs», jeux de mots, passages du coq à l’âne, s’enflamme par une sorte de «tachypsychie», qui accélère ses pensées et fait subir à ses idées surabondantes une «danse de saint Guy mentale», n’écoute personne, dort peu… Mais ce «Jean-qui-rit» n’est pas simplement l’inverse du «Jean-qui-pleure» de la dépression : «Sous le masque de la folle gaîté maniaque, on peut entrevoir le rictus mélancolique et les grimaces d’une secrète douleur d’origine - ce qui donne à ce "fou de joie" des faux airs de clown triste…» Plus que le contraire de la mélancolie, la manie «en est la détermination la plus frappante et la potentialité révélatrice» : il se pourrait en effet qu’éclairée en amont par la mélancolie, elle en contînt, en aval, la clé, «au sens où la comète se réalise dans sa "queue"».
Riposte. Assoun indique clairement, dès le début, qu’en sa logique inconsciente «le trajet de la mélancolie à la manie» va de la déroute à la victoire : «Dans le ravage mélancolique, l’objet terrasse le moi-sujet qui subit une terrible défaite ; dans la riposte maniaque, le moi-sujet s’enivre de triompher de l’objet.» Cela laisse entendre que dans un premier temps il faut suivre «la métamorphose maniaque de la mélancolie», et concevoir la manie comme une «gangue» qui «enveloppe le noyau mélancolique» : mais le «visage propre» de la manie - aussi bien de l’accès maniaque, violent, «concentré et périodique», que de la «manie douce» ou la «construction manique» qui accompagne une vie entière - se trouve-t-il ainsi mis à nu ?
Noces. Paul-Laurent Assoun répond en deux temps. Il dresse d’abord le «portrait métapsychologique de la manie», esquisse une clinique des états maniaques (manie des toxiques, boulimie, kleptomanie…), en explique l’économie et la dynamique, pour, ensuite, se consacrer à l’étude d’un «cas», celui du facteur Cheval, Joseph-Ferdinand Cheval - qui passa plus de trente ans à construire à Hauterives (Drôme) son Palais idéal, avec les pierres et les coquillages ramassés au cours de ses tournées. Il éclaire une partie de l’énigme de la manie par l’idée des «noces du moi et de l’idéal du moi» qu’elle réalise, et par sa «réussite délirante», au sens où l’accès maniaque, qui semble «surgi de nulle part», non seulement «se découpe dans une préhistoire mélancolique», mais parvient à «annuler tout le passé», telle une «heureuse amnésie». Terrible, disait-on, est le pouvoir de la manie. Elle donne la possibilité de «lever le frein» et de faire reculer toutes les limites, comme chez Platon. «Insurrection du moi contre le tyran surmoïque», elle ressemble à un «sursaut de vie» - dont on sait cependant qu’il peut «signer l’approche de la fin, comme l’agonie».
http://www.liberation.fr/livres/01012300199-une-vie-d-euphorie

L’énigme de la manie.
La passion du facteur Cheval
par PAUL-LAURENT ASSOUN
Ce livre comporte deux volets. Un retour à la manie, cet état euphorique, pathologie de l’excès de l’humeur et de l’agir. Freud lui-même la désigne comme le point de butée de la théorie de la mélancolie : comment le sujet bascule-t-il dans cet état de grâce catastrophique, qui fait fusionner le moi avec son propre idéal, surmontant triomphalement la perte ?
Un examen métapsychologique et clinique permet de situer les différents « états maniaques » (kleptomanie, toxicomanie, etc.) ainsi que les moments maniaques du collectif.
Ensuite, l’examen d’un « cas », espèce de « passion construiseuse », celle du facteur Cheval (1836-1924), personnage énigmatique que son « Palais idéal » a fait passer à la postérité. Suppléance monumentale dans une logique psychotique sous-jacente, elle prend sens comme « arc de triomphe » sur la perte. L’énigme de la manie donne ainsi accès à la vérité du sujet et du collectif – comme l’indique la fête primitive de l’« après-Meurtre » du Père. Liberté folle qui jouit de triompher de la mort et de la castration.
http://www.arkhe-editions.com

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